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L A V I G E R I E . be
GERMES DE VIE : Tanzanie

Ils sont en train de trucider leur Mère !

Famille Mission 2012/1
jeudi 29 mars 2012 par Manu Quertemont, Webmaster

Les sautes d’humeur de feu notre évêque
Mgr Mario Ngulunde,
archevêque de Tabora en Tanzanie étaient bien connues.

Il y avait certains sujets qu’il valait mieux ne pas aborder devant notre bouillant prélat si vous ne vouliez pas être la cible de ses foudres épiscopales, souvent bien justifiées, soit dit en passant.

Mais j’étais loin de me douter que notre Bishop était un fervent défenseur de la cause écologique
et qu’il détestait tout ce qui allait à l’encontre de la belle nature dans laquelle nous avions le privilège de vivre dans ce coin du pays.

Ce jour-là, il y a une dizaine d’années, nous étions en route pour une grande tournée de confirmations dans les villages perdus de la forêt des MIOMBO (feuillus) qui couvre le haut plateau de Tabora.

C’est un chemin que je connaissais bien. La vie sauvage s’étalait devant nous à souhait, mon 4x4 était au paradis. Monseigneur avait l’air d’aimer le décor et semblait apprécier ce safari inhabituel pour un citadin.

Depuis plus d’une heure nous étions dans le «  HIFADHI  », la réserve naturelle de l’endroit qui couvre des milliers d’hectares de brousse originelle. Comme curé de ce canton je savais que cette futaie du Bon Dieu n’était pas si vierge que certains administrateurs haut placés l’auraient souhaité. Mes paroissiens de ce bout du monde étaient bien entendu d’excellents braconniers et à l’occasion ils ne dédaignaient pas y couper du bois de construction ni même de cultiver quelque jardin secret. Certains même exploitaient des rizières très fertiles le long de ruisseaux bien dissimulés, là où les Rangers ne passent jamais…

Bien sûr il y avait bien ce grand panneau en anglais et en swahili « RESERVE NATURELLE DEFENSE DE CIRCULER ! » , mais que voulez-vous, c’était plus fort qu’eux.

A un moment donné la forêt s’est évanouie et nous avons débouché dans une clairière récente que je ne connaissais pas, une colonie illégale !

Des paysans en quête de meilleures terres étaient en train de s’y établir, très certainement avec l’aide d’un fonctionnaire véreux qui pour quelques shillings fermait les yeux.

Une brochette de chaumières, trois ou quatre familles. Des paysans en haillons qui s’apprêtaient à cultiver le tabac en défrichant la forêt tout autour d’eux.


De grands arbres abattus gisaient pêle-mêle sur le sol au milieu de leurs souches encore saignantes et de leurs branchages entassés pour le brûlis. Dans un coin de cette trouée dans les bois, de la fumée s’échappait d’énormes tas de grosses branches couvertes de terre fraiche. Tout cela témoignait qu’on avait aussi l’intention de fabriquer du charbon de bois. Les géants renversés passaient au four crématoire…

A la vue de ce spectacle lamentable, Mgr Mario s’étrangla dans un long sanglot et les larmes aux yeux, il s’écria : « Mais ils sont fous, ils sont en train de trucider leur Mère ! Si on ne les arrête pas de suite, il va en venir d’autres et bientôt ici ce sera le désert. Adieu la pluie, BALAA Padri ! (catastrophe Père) »

J’eus beau essayer d’expliquer que ces gens faisaient cela pour leur survie, que c’étaient peut-être des réfugiés, des étrangers à la recherche d’un endroit où enfin s’installer, rien n’y fit.

« Même quand on a faim, on ne tue pas sa mère, pour la manger. La forêt c’est notre Mama, agir comme ils le font, c’est du cannibalisme »…, les lamentations devenaient de plus en plus sonores...

Sur ce, mon chef fit mine de sortir de la Jeep. Mon Dieu, pensai-je, il va aller leur passer un savon !

Mais Mère Nature veillait. La veille, un orage tropical avait copieusement arrosé le paysage, et notre chemin, transformé en mare aux canards, avait très mauvaise mine. Pas rassurant du tout pour la belle soutane blanche à boutons rouges de celui qui bientôt devait célébrer une grand-messe solennelle. En refermant la portière du véhicule tout terrain, sans mettre pied à terre et avec un petit sourire entendu, comme pour se faire pardonner son exaspération, Monseigneur conclut le palabre en disant : « Dès que je serai rentré en ville, j’en parlerai au Regional Commissioner ! »

Dix ans après, ces mots de notre Père évêque résonnent toujours là au fond de mes oreilles. Confronté de visu à ce grand problème écologique de la déforestation en Afrique, il s’était exprimé avec sagesse : « La forêt est notre « Mama » et les grands arbres nos « Binamu », nos cousins, on n’y touche pas si on veut vivre »…

Quelle belle leçon.


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