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L A V I G E R I E . be
Kenya

Lettre de Nairobi

du Dr Ludwig Peschen, M.Afr.
mercredi 6 février 2008 par Webmaster

Porteurs d’espoir au milieu des troubles !

Nairobi, le 24/01/08

Chers amis,

Plusieurs d’entre vous m’ont demandé comment nous pouvons survivre ici à Nairobi. D’autres me disent, ’reviens dans ton pays’, parce que les nouvelles que les médias en Europe donnent sur le Kenya sont franchement mauvaises.

Une chose est claire : nous sommes témoins d’une injustice évidente mais le désastre qui l’a suivie nous donne à nous, missionnaires, une vigueur nouvelle. Quelques-uns de nos missionnaires ont atteint leur ’vitesse maximale’. Les résultats qu’on a donnés de l’élection présidentielle étaient totalement faux. Jusqu’ici, les Kenyans pensaient qu’ils avaient une démocratie modèle, mais maintenant tous se sentent trompés. Jamais auparavant ne me suis-je senti si proche et compatissant vis-à-vis de la population du Kenya. Dans nos conversations pendant les repas et en communauté, le premier sujet de conversation est la tragédie qui s’est abattue sur le pays. Chaque jour encore des Kenyans sont blessés ou tués, et en même temps, un ministre du nouveau gouvernement déclare en première page du ’Daily Nation’ que ’tout est normal dans le pays’. Mensonges, mensonges, mensonges. Il est difficile de ne pas laisser libre cours à la colère et à l’amertume. Nous devons êtres très attentifs à nos sentiments. Pour beaucoup d’entre nous la situation est encore incroyable, et le sentiment prédominant chez beaucoup de Kenyans est la honte.

Dans les jours qui ont suivi l’annonce des résultats des élections, le pays fut choqué. Parce que missionnaires nous préférions rester chez nous ; des heurts violents entre supporters des deux principaux partis politiques eurent lieu immédiatement devant notre maison sur la Ngong Road. Il n’était pas nécessaire de sortir pour voir ce qui se passait ; nous pouvions le voir de nos fenêtres. « Pas de Raila (Odinga), pas de paix » était le slogan. Des nouvelles de pillages, de maisons, de magasins, et même de quelques églises incendiées, de gens tués ou obligés d’abandonner leurs maisons, nous parvenaient de différentes régions du Kenya.

À Nairobi, les bidonvilles surtout étaient affectés. Avec mon équipe de ’Healing of Healers’ (‘Guérir les Guérisseurs’), je travaille normalement avec la conférence des Evêques du Soudan, notre bureau central étant à Nairobi. Très rapidement, notre évêque responsable nous donna le feu vert pour que nous puissions nous engager pendant un mois à nous occuper des besoins les plus urgents de la population du Kenya. Il fallait organiser une aide en nourriture pour des personnes déplacées et la distribuer. Quelques missionnaires d’Afrique offrirent de nous aider, renforçant ainsi notre équipe. Les Soeurs Missionnaires de Notre Dame D’Afrique et les Missionnaires d’Afrique offrirent leur aide financière à l’Equipe pour lui permettre d’offrir nos services pour faire face à la situation d’urgence qui se développait.

Nous apprîmes qu’un nombre important de femmes et d’enfants s’enfuyaient du bidonville de Kibera dans la direction du Parc Jamhuri, un Parc derrière les bidonvilles. Quand nous arrivâmes là, nous découvriment qu’aucune aide n’était encore arrivée. La Croix Rouge Kenyane était pleinement occupée dans l’ouest du Kenya, et n’était pas capable de faire face au début. Nous organisâmes donc une collecte de nourriture, et une première distribution de nourriture pour femmes et enfants fut organisée. Pour les enfants, quelques biscuits et des bonbons pour les femmes de la farine de maïs, du sucre et du savon. À ma surprise, cela se passa bien, et les femmes étaient vraiment heureuses et reconnaissantes.

C’était la première fois qu’elles recevaient de l’aide. Cependant, le plus important, c’était que nous étions là avec elles, écoutant leurs terribles histoires, leurs anxiétés ; et simplement, nous étions là. Histoires d’enfants disparus, de viols, de violence, de destruction, d’argent perdu, de misère de toutes sortes. Une histoire après l’autre. Mais il y avait aussi parfois une occasion pour quelques blagues. Riny Van Broekhoven en était le spécialiste. Nous devenions conscients que d’une façon toute simple et humble, sans fanfare, nous étions porteurs de l’espoir au nom du Christ. C’était pour nous un merveilleux matin, mais ce n’était que le commencement.

Pendant ce temps, en différents endroits, et dans les paroisses autour de la ville des conseillers volontaires étaient invités à offrir leur aide à la population souffrante. Un nombre important d’entre eux se présentèrent très rapidement. Depuis l’attaque à la bombe de l’ambassade Américaine ici, à Nairobi, en 1998, on est familier avec les conseillers prêts à aider dans les grandes difficultés. il s’agissait d’écouter et de donner une aide pratique. Le monde Anglophone est beaucoup plus habitué à cette façon d’aider les gens dans des situations des désastres.

Dans la paroisse de ’Notre Dame de Guadeloupe’, un groupe de 27 travailleurs sociaux, tous volontaires, visita les bidonvilles de Kibera, allant, en petits groupes de deux ou trois conseillers, de maison en maison, d’une ruine à l’autre. Ils entendirent des histoires horribles : au début, les heurts étaient intertribaux et beaucoup de Kikuyus furent tués et chassés de leurs maisons. Plus tard, ce fut une colère aveugle et une violence insensée qui éclata et qui aboutit à énormément de pillage et de destruction de propriété. Nos travailleurs sociaux revenaient le soir avec toutes ces histoires, profondément attristés par ce qu’ils avaient vu et entendu. Notre équipe de Missionnaires d’Afrique et le staff du projet de ’la Guérison des Guérisseurs’ (’Healing the Healers’) essayèrent de les soutenir autant qu’ils le purent. Ces volontaires organisèrent aussi la distribution de nourriture. Des bons furent donnés pour obtenir de la nourriture dans les supermarchés. Ce système semble avoir bien fonctionné jusqu’ici. Cependant, il y a un besoin grandissant d’aide pour les gens qui ont souffert un traumatisme mental sérieux à cause des évènements récents.

Dans les jours qui suivirent, le nombre de personnes déplacées arrivant au Parc Jamhuri augmenta dramatiquement. Le Parc est devenu un énorme camp de réfugiés. Le jeudi 16, 6000 personnes y étaient enregistrées. D’autres sont attendus venant de l’ouest du Kenya. Il y a quelque deux ou trois très grandes constructions en bois, avec environ trois cents mamans avec leurs enfants dans chacune. Nous efforçons de découvrir quels sont les besoins essentiels. Ces femmes avec leurs enfants reçoivent leur nourriture de base de la Croix Rouge Kenyane ; de notre côté, nous achetons des articles supplémentaires tels que le savon, les serviettes hygiéniques pour les femmes et du lait pour les enfants qui ont moins d’un an. Cependant la chose la plus importante c’est d’être là, d’assurer toutes ces femmes qu’elles ne sont pas seules.

Il est étonnant de voir le nombre considérable de volontaires et de personnes de bonne volonté qui offrent leurs services à différents niveaux. Des Religieuses et Religieux viennent partout comme conseillers, distributeurs de nourriture, s’occupant des enfants ou simplement écoutant les histoires de souffrance et de destruction. Nous remercions nos soeurs, nos frères, nos amis qui nous ont aidés financièrement ou matériellement. Et nous remercions les personnes qui ont encore l’intention de le faire. Cela nous a permis d’aider les personnes qui souffrent.

J’ai bien peur que la pire soit encore à venir. Nous sommes déjà au milieu d’une guerre civile. Jusqu’ici, il n’y a pas de signe de solution. Les leaders politiques sont entêtés et ne sont pas vraiment intéressés par le sort des Kenyans. C’est une question de pouvoir. Nous pouvons seulement prier pour que la paix finisse par l’emporter. Cela veut dire, chers amis que nous sommes reconnaissants pour votre soutien continu, votre intérêt, votre prière, pour que nous puissions continuer à offrir notre aide aux innocents qui souffrent, surtout les femmes et les enfants.

Un grand merci, et que le Seigneur vous bénisse tous.

  Dr. Ludwig Peschen, M.Afr. MD.
P.O. Box 60310
00200 Nairobi
Kenya

peschen@wananchi.com

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