missionarissen van afrika
missionnaires d’afrique

L A V I G E R I E . be
Numéro spécial

Lignes de fracture N°12 Breuklijnen

Avril-mai 2008
jeudi 15 mai 2008 par J.V.

RWANDA : LES PROCES GACACA VUS A PARTIR DE LA TANZANIE

Notre confrère Jaak Broekx est revenu en Belgique vers la fin de 2007. Après avoir travaillé au Rwanda pendant 31 ans, il avait suivi les réfugiés rwandais dans les camps tanzaniens pour réfugiés rwandais et burundais. Il y resta 13 ans. Témoin extrêmement méticuleux, il a consigné dans ses cahiers des milliers de témoignages.

Au sujet des procès gacaca, il a lui-même sélectionné et ordonné un certain nombre d’exemples, où nous nous permettons de faire à notre tour un choix plus restreint.

La Tanzanie n’accepte plus de réfugiés rwandais sur son territoire depuis 2003, mais personne ne peut empêcher des gens qui essaient de sauver leur peau de passer la frontière clandestinement. C’est ainsi que le seul camp de Lukore vit passer 5.500 Rwandais entre 01/01/2004 et 30/04/2007. Durant le seul mois de janvier 2007, des membres de 152 familles y arrivèrent, parfois l’homme seul, parfois des familles entières. En Uganda, les réfugiés rwandais continuent à être accueillis jusqu’ aujourd’hui. Beaucoup parmi eux transitent d’ abord par les camps de la Tanzanie. Dans le Sud de l’ Uganda - près de la frontière avec le Rwanda et la Tanzanie - sont installés quatre camps de réfugiés de différents pays. Dans une partie récente du camp de Nyakivale - appelée Kibati – on dénombrait au début du mois de Juin 2007, 28.000 réfugiés rwandais. Tous les réfugiés dans ces camps reçoivent du gouvernement ougandais 1/2 ha à cultiver en dehors du camp (les réfugiés qui sont rentrés récemment au Rwanda en provenance de l’Uganda ont été chassés par les autorités parce qu’ils faisaient paître leurs vaches sans permission dans ces endroits réservés aux champs des réfugiés). Un grand nombre d’autres réfugiés se sont installés ailleurs parmi la population locale, sans avoir été inscrits comme réfugiés. En ce qui concerne le Burundi, en 2006, plus de 15.000 réfugiés s’y étaient réfugiés, bien que la chance d’y être reconnus comme réfugié soit quasi nulle. Ils s’installent parmi la population et espèrent…

La raison principale pour laquelle ces réfugiés quittent leur pays ces dernières années semble être les procès gacaca. Notons que le rapport officiel du Service National des Procès Gacaca, paru le 29/05/2007 signalait que 818.564 personnes étaient soupçonnées d’avoir participé au génocide de 1994, dont 12.000 à peine avaient déjà été jugés… Fin 2007, plus de 800.000 personnes avaient été jugées par le gacaca, mais le nombre de suspects atteignait un million, c’est-à-dire un dixième de la population, bébés inclus. La moitié des familles rwandaises était ainsi touchée.

Le père Broekx signale encore que depuis son départ de la Tanzanie, les départs en exil augmentent continuellement : jamais, depuis 2000, tant de personnes se sont enfuies du Rwanda qu’actuellement (c.à.d. entre janvier et mai 2008). Beaucoup transitent d’abord par le Burundi.


 2. Menaces de mort.

  • N.E. et sa famille sont originaires de la commune de Kigembe dans la préfecture de Butare. Quand ils sont rentrés au Rwanda en 2002, ils ont trouvé leur maison occupée par un soldat, appelé R.B.. N.E. lui a intenté un procès afin de récupérer son bien. Il s’est présenté au tribunal le jour où la cour devait se prononcer, mais l’affaire fut ajournée. Là-dessus R.B. lui dit qu’il le tuerait, lui et sa famille, s’il ne quittait pas le Rwanda. N.E. s’enfuit en Tanzanie, avec sa femme et leurs deux enfants.
  • R.J-P. s’est enfui avec sa femme et leurs deux enfants le 15 décembre 2006. Ils sont originaires de la commune de Muganza dans la préfecture de Butare. Ils se sont enfuis à cause d’un soldat, nommé G.F., qui occupait leur maison. R.J-P. gagna son procès, mais le soldat fit savoir à de tierces personnes qu’il allait le tuer avec toute sa famille. Un jour il lui a même jeté une grenade mais sans le toucher. Là-dessus R.J-P. décida de s’enfuir.
  • Quand M.P. et sa famille, originaires de la commune Mubuga dans la préfecture de Gikongoro, sont rentrés chez eux en 2001, ils furent mal accueillis et le mari fut immédiatement mis en prison, parce son frère aurait été membre des Interahamwe. Trouvant sa maison occupé par un soldat, M.P. lui intenta un procès qu’il gagna. Le soldat refusa pourtant de quitter la maison, accusant M.P. d’avoir tué ses parents et menaçant de le tuer. Le 18 décembre 2006, M.P. gagne la Tanzanie avec sa femme et leurs trois enfants.
  • H.S. est originaire de la commune Muyaga dans la préfecture de Butare. Quand ils sont retournés chez eux en 2000, ils ont trouvé leur maison occupée par un Tutsi venu de l’extérieur. Ce dernier dit qu’il tuerait H.S. s’il continuait le procès pour récupérer sa maison. A trois reprises, il prépare un attentat contre H.S., mais des voisins l’avertissent à temps. Le 27 décembre 2006, il quitte le pays avec sa femme et leurs deux enfants.
  • H.M. et deux autres familles, 11 personnes en tout, se sont enfuis de leur commune de Ntambwe dans la préfecture de Gitarama, le 18 décembre 2006. Les trois maris avaient été enfermés en 2003, parce qu’ils étaient accusés d’avoir participé au génocide de 1994. Ils furent libérés le 10 décembre 2006. Quand ils arrivèrent sur la colline chez eux, ceux qui les avaient accusés et fait mettre en prison leur dirent qu’ils ne méritaient pas d’avoir été libérés et qu’ils les tueraient.
  • N.R. s’était enfui avec trois autres. Ils sont originaires de la commune de Birenga dans la préfecture de Kibungo. On avait accusé N.R. d’avoir volé le drapeau du pays. Il fut tellement frappé que son bras droit en resta fort endommagé. Ils disent avoir fui parce que les policiers continuaient à les persécuter. Pendant trois mois ils se sont cachés, pour finalement s’enfuir le 20 janvier 2007.
  • Un groupe de 20 personnes (5 familles) a fui la commune de Kivu dans la préfecture de Gikongoro, parce qu’un ami tutsi les avait avertis : des Tutsi feraient des réunions pendant la nuit pour préparer leur élimination, parce qu’ils avaient tué les leurs.

Choix parmi de centaines de familles, qui ont fui le Rwanda en 2006 et 2007 pour la même raison.

 3. Accusation d’être membre des Interahamwe

  • S. et ses deux frères sont originaires de la commune de Rwamiko dans la préfecture de Gikongoro. Leurs parents ont été tués pendant « la guerre » en 1994. Ces trois jeunes frères s’étaient réfugiés au Congo. Ils sont revenus au Rwanda en 2002. Leur frère aîné est en prison depuis 2002. On leur reproche que leur père était un Interahamwe et qu’il a tué des Tutsi. Des accusateurs demandent qu’on les mette tous en prison. Il fuient le pays le 6 août 2006.
  • K.M. est originaire de la commune de Muko dans la préfecture de Gikongoro. 4 autres jeunes l’accompagnent. Ils ont passé 4 ans dans la prison centrale de Gikongoro accusés d’avoir été des Interahamwe en 1994, alors qu’ils étaient encore des gosses à ce moment-là. Ils ont pu s’échapper avec la complicité d’un policier. Ils n’avaient jamais été jugés. Ils se sont enfuis le 30 juillet 2006.
  • G. et M. sont deux jeunes gens de la commune de Rukira dans la préfecture de Kibungo. On les accusa d’être de connivence avec les ennemis du dehors. Ils expliquent qu’au Rwanda, quand on est jeune et hutu, on ne peut rien posséder de quelque valeur, par crainte d’être accusé de l’avoir reçu des Interahamwe. Ils ont préféré s’enfuir pour ne pas être tués. Ils ont quitté le Rwanda le 2 février 2007.

Beaucoup de familles sont accusées de compter un Interahamwe dans son sein ou d’avoir collaboré avec les Interahamwe. C’est une raison suffisante pour être mis en prison ou pour être considéré comme ennemi du pays. Toutes les familles qui étaient venues de la Tanzanie entre 1998 et 2002 ont été accusées d’être des Interahamwe. Pratiquement tous les hommes et tous les jeunes gens furent arrêtés à leur retour dans le pays.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 655 / 812569

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Belgique  Suivre la vie du site J.P.I.C.   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.28 + AHUNTSIC

Creative Commons License