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Témoignage

Jeûner

mercredi 22 octobre 2014 par F.D. (Traduction), Jan Heuft, Webmaster
Jeûner...

Au fond, c’est un mot qui ne convient plus à notre temps. Nous vivons dans une société de consommation qui offre tout ce qu’on peut désirer. Toute la structure économique du monde est basée là-dessus. Si alors, à la télévision, nous voyons des gens pauvres et affamés quelque part dans un pays tout aussi pauvre, nous ressentons bien quelque compassion, mais souvent nous attendons avec impatience le programme suivant, un peu plus gai.

Vivre avec moins de moyens, nous semble toute une épreuve. Si de temps en temps notre bien-être se trouve en danger, nous organisons dans notre système parlementaire démocratique des discussions interminables pour sortir de la débâcle d’une mutilation de notre style de vie. Et il peut arriver alors que ce soit les plus faibles de notre société qui doivent en payer la note. Les personnes âgées et les handicapés doivent se serrer la ceinture, « ils n’ont qu’à se laver un peu moins », « leurs enfants n’ont qu’à les aider »… Tout cela afin que les autres, les plus forts, puissent continuer leur vie pépère et garder leur salaire confortable.

Un homme tout simple, mais bien particulier, Jésus (Matthieu 4.1-11) se rendit dans le désert pour y être seul dans la prière et la méditation. Il y fut tenté par le diable, qui lui fit un tas de propositions pour acquérir puissance, splendeur et gloire. Mais il rejeta ces idées du démon par ces paroles : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui vient de la bouche de Dieu ».

Cette belle histoire biblique peut nous sembler loin de la réalité, mais elle cadre fort bien dans notre vie quotidienne. Tu pourrais t’imaginer Jésus comme une personne ordinaire qui entre dans un supermarché. On lui offre tout avec des couleurs et à des prix attrayants. Plus grande est sa charrette, plus il peut emporter, que ce soit nécessaire ou pas. Mais tu pourrais t’imaginer aussi Jésus comme quelqu’un qui fait clairement des choix entre ce dont il a vraiment besoin ou pas, quelqu’un qui ne remplit pas sa charrette de produits inutiles, au grand dam de ceux qui nous incitent à acheter sans fin.

Dans notre monde politique il n’en va pas autrement. Les attaques ouvertes ou furtives font partie des tournois quotidiens, même s’ils n’ont rien de commun avec la démocratie. Cela s’exprime par des scandales dont on nous parle tous les jours dans les journaux. Qu’il s’agisse de sexe, d’argent ou de politique, des personnes ou des groupes tentent d’employer leur force à l’encontre des autres. La vraie question est de savoir si cela rend les gens heureux !

Si nous parlons de jeûner, il s’agit, expression très vieux jeu, de maîtrise de soi, de se « contrôler » soi-même, de se « tenir en laisse ». Des athlètes et sportifs honnêtes peuvent nous en donner de magnifiques exemples. Et on en revient aussi à Jésus Christ qui est venu pour nous libérer, pour nous rendre libres des chaines qui nous tirent vers le bas. Ce mot «  libérer  » est d’ailleurs devenu lui aussi vieux jeu. Et pourtant, si nous pensons à l’esclavage des stupéfiants, de l’alcool et du tabac, le mot «  libérer  » y est tout à fait à sa place.

Il y a quelques années j’ai quitté mon beau couvent pour aller vivre au milieu des gens dans un quartier populaire. Je me retrouvais dans un bâtiment délabré, au premier étage, où l’on avait accès par un escalier qui avait été en belles pierre. Les toilettes, pour tous les habitants, se trouvaient en dessous de cet escalier. On préparait la nourriture tous ensemble sur un palier. Le chat, le chien et même le coq s’amusaient entre les casseroles et les plats. A long terme, pour nous Occidentaux, une telle vie n’est pas soutenable ; mais malgré tout c’est peut-être là que j’ai passé les plus beaux moments de ma vie, et où j’ai le plus parlé l’arabe. J’ai vécu là une véritable solidarité. Parfois nous arrivions même à prier ensemble lors d’un malheur ou d’une chance imprévue.

J’ai travaillé durant 35 ans dans l’enseignement des malentendants. Et je suis toujours étonné de constater combien ces gens sont souvent de bonne humeur, malgré toutes leurs limites. Aussi avec des migrants et des réfugiés qui ont tout perdu je passe régulièrement des moments de vrai bonheur, mais également de grande peine.

Hier midi, j’ai rendu visite à mon jeune ami Hamid dans un hôpital à Alger. Deux femmes migrantes très malades y sont soignées depuis des mois. Ces femmes ont mené mon ami auprès d’un malade, également migrant. Depuis des jours déjà cet homme n’avait plus dit un mot, et il ne voulait pas non plus que sa famille au loin fut renseignée de son état. De plus, comme le scanner de l’hôpital ne fonctionnait plus depuis des semaines, on ne pouvait pas s’assurer de la tumeur qu’il avait probablement dans la tête. Situation sans issue ! Mais le sourire d’Hamid, sa jeunesse et sa volonté de courir tout de suite vers un autre hôpital, fit que ce moribond sortit de sa léthargie et qu’il y eut une petite conversation très émouvante. Malheureusement cette aide spontanée arriva trop tard et l’homme est décédé ce matin au grand chagrin d’Hamid et de nous tous.

Il me vient tout de suite en mémoire cette belle « devise » de l’évêque récemment sacré en Algérie : « Je veux vivre, mais surtout je veux transmettre aux autres le sens de la vie » (même si ce n’est que pour une seule journée) .

  Frère Jan Heuft, pb.
Alger, 20 octobre 2014

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