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L A V I G E R I E . be

Lignes de fracture N°96 Breuklijnen

Juillet/Août – Juli/Augustus 2015
mardi 25 août 2015 par Jef Vleugels
[vert]DOSSIER
LE MIRACLE DU PARDON
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[marron]Madame Hank Heijn Engel (Pays-Bas)[/marron]

[bleu marine]Les faits[/bleu marine]

Au début de l’automne 1987 Gerrit Jan Heijn, petit-fils du fameux Albert Heijn, est enlevé. Bien que le ravisseur Ferdi E. ait exécuté sa victime quelques heures après l’enlèvement, il laisse entendre que l’industriel est toujours en vie et qu’il a été enlevé par une bande de truands. Durant sept mois il se joue cruellement de la famille. Après le transfert de la rançon exigée, plus aucun signe de vie de la victime n’est donné. La police finit par arrêter Ferdi E., qui avoue l’enlèvement et le meurtre.

[bleu marine]Le vécu[/bleu marine]

Le 3 mars 2003, Ferdi E. écrit à la veuve de sa victime : « Je souhaiterais que vous puissiez me pardonner. Mais même ma femme n’en est pas capable. » Et d’ajouter : « Si vous souhaitiez que je me présente devant vous, j’accepterais. » Hank, la veuve de la victime Gerrit Jan, explique qu’elle était prête à lui répondre, mais qu’il fallait qu’elle puisse le faire ‘de tout cœur. Ce cœur ne pourra parler que lorsque toutes les réactions suscitées par cette lettre se seront apaisées’. Il a fallu deux ans à Hank Heijn, avant de trouver le courage, la paix intérieure et les paroles adéquates pour donner une réponse positive. Ce n’est qu’après avoir posté la lettre qu’elle en parla à ses enfants. Ses enfants se sentaient mal ; une de ses filles réagit violemment : « Cet homme a brisé ta vie et massacré sadiquement le père de tes enfants ! » Hank : « J’avais une peur bleue que la haine ne se glisse dans le cœur de mes enfants. »

Elle témoigne : « Avoir une vue positive sur la vie, c’est une question de choix. »
« Pardonner a été le plus grand cadeau que je me suis fait. C’est salutaire. Spirituellement je suis devenue plus tolérante et plus douce. Mes maux physiques ont disparu (elle parle de répercutions physiques de ses blessures psychiques). Je refuse le rôle de victime. Nous devons constamment chercher le sens de notre vie. Dès que tu te mets à tirer des leçons, tu déposes automatiquement le rôle de victime. Ce qui importe finalement ce n’est pas ce que l’on vit mais comment on le vit. J’ai pu vivre le miracle du pardon. Cela suffit pour donner un sens à ma vie. » Et d’ajouter : « Vivre dans l’amertume aurait signifié pour moi une condamnation à perpétuité.  »


[marron]Mrs Aba Gayle (Etats-Unis)[/marron]

[bleu marine]Les faits[/bleu marine]

En 1980, la fille d’Aba Gayle, Catherine Blount, et son ami Eric sont massacrés brutalement. Le meurtrier finit pas être arrêté au Japon et est extradé. En Californie il est condamné à mort. Il est encore toujours incarcéré à la San Quentin Prison à San Francisco.

[bleu marine]Le vécu[/bleu marine]

Aba Gayle a raconté son histoire des centaines de fois, dans des églises, des écoles, des prisons… « Il y a trop de rancune et trop de haine dans ce monde. Je dois continuer à dire aux gens que le pardon est la seul moyen de guérir le corps et l’âme. »

Elle a passé par toutes les étapes : pleurer sans arrêt, négation, colère, vengeance… Pendant huit ans… Elle finit pas suivre un cours de méditation, où elle apprend à se calmer, à faire silence, à écouter sa voix intérieure. Le témoignage d’une survivante juive de l’Holocauste, qui a réussi à pardonner aux bourreaux de sa famille, l’ébranle. Douze ans après la disparition de sa fille (« Une jeune femme débordant de talents et tellement sage… Qui rayonnait l’amour et la joie … »), elle se sent prête à écrire une lettre à Douglas Mickey, le meurtrier de sa fille : « Après huit longues années de tristesse et de colère, j’ai repris ma vie en main. Grâce à des enseignants formidables, j’ai découvert Dieu à l’œuvre en moi. En plein milieu d’un cours sur les miracles, j’ai découvert que j’étais capable de pardonner. Cela ne signifie nullement que vous n’êtes pas coupable de ce qui est arrivé. Mais ce que j’ai appris, c’est ceci : vous êtes enfant de Dieu. Vous êtes pris dans l’amour de Dieu, même au fond de votre cellule. Le diable n’existe pas. Seul le Dieu-Amour existe. » Et de témoigner : « Douglas Mikey allait-il répondre ou non ? Cela n’avait plus aucune importance. J’avais d’ores et déjà reçu la seule réponse qui importait : j’étais guérie par mon simple geste de pardon. Cela ne sortait plus de ma tête, cela venait de mon cœur. » Elle est allé le voir à San Quentin. « J’attendais que les gardiens amènent le prisonnier de l’autre côté de la vitre. Je regardais autour de moi et je voyais d’autres condamnés à mort, mais aucun monstre ! » Douglas Mikey est arrivé en salopette orange. « Je l’ai regardé dans les yeux et j’ai pu dire : «  I… forgive… you.  » « Je fus inondée d’un sentiment de paix qui ne me quittera plus jamais. Je crois que c’est ce qu’on appelle l’état de grâce. Et j’étais sûre d’une chose : je n’avais pas besoin de l’exécution d’un autre pour être guérie. Et je me suis réalisé que la nuit où Catherine perdit la vie, Douglas avait perdu son avenir. »

Pas étonnant qu’Aba Gayle soit devenue une opposante active à la peine de mort, qu’elle nomme « un assassinat avec préméditation par l’Etat ».


[marron]Eni da Silva (Brésil)[/marron]

Les [bleu marine]faits[/bleu marine]

Fernando, le fils d’Eni, trouve la mort dans un conflit de drogues. Huit ans plus tôt Eni avait déjà perdu un fils, tué lui aussi.

[bleu marine]Le vécu[/bleu marine]

Eni raconte : « Au début je voulais tuer le meurtrier. Quand on vous tue pour la deuxième fois un fils, votre utérus sent la fosse commune. Je dormais mal, avais des crampes et mal au dos, je souffrais d’hallucinations, j’étais dévorée de haine. Je me rappelle que je disais : ‘Mon Dieu, je n’étais pas comme ça. Regarde ce que je suis devenue.’ J’avais l’impression de suffoquer. Je n’avais jamais éprouvé de la haine pour quiconque. Chaque soir je priais : « Père, enlève ce poids qui m’écrase ! » Bien plus tard, j’en parlais à un pasteur, qui me disait tout de go : ‘Alors, pardonne’. Ces paroles furent pour moi une vraie libération. » Et Eni partit à la prison pour y rencontrer celui qui avait tué son fils. « Je ressentais la paix quand j’entrais dans la prison. Je n’avais qu’une envie : pardonner, pardonner, pardonner… Guérir de mon cancer. » Elle y trouve le meurtrier : « Il m’embrassait. Je lui ai pardonné. » Et de raconter : « J’avais complètement changé quand je suis sortie de la prison. Renée. Prête à mourir. En paix. Et le plus fort, savez-vous, c’est que du jour au lendemain tous mes maux physiques avaient disparu !  » « Le pardon est œuvre de libération. Des gens disent que je suis folle. Ils ne comprennent pas ce que la haine peut faire d’un être humain. Le pardon a tout changé, même mon visage. »


[marron]Singer-songwriter Jean-Paul (Rwanda)[/marron]

[bleu marine]Les faits[/bleu marine]

Le 6 avril 1994 l’avion du président rwandais Habyarimana est abattu. C’est le début de la période la plus sombre de l’histoire du Rwanda : la guerre civile entre Hutu et Tutsi et le génocide.

[bleu marine]Le vécu[/bleu marine]

Son père de 86 ans lui avait conseillé de fuir et de quitter Butare où ils avaient depuis toujours paisiblement vécu avec leurs voisins hutu. A travers la forêt de Nyungwe il était parti au Burundi et de là en Uganda. Il continua à écrire de la musique et il était en tournée quand il apprit que ses parents, ses frères et sa sœur avaient été assassinés.

« Quand les massacres s’arrêtèrent, je suis retourné dans mon village. Là j’appris que mon père avait été tué par mon meilleur ami Vincent. Mon monde s’écroulait, j’étais effondré. Je devenais la proie de la boisson et de drogues. Je ne voulais plus qu’une chose : me venger et tuer Vincent. Mais ce dernier avait disparu. Neuf années passèrent, remplies de haine, de colère et de désir de vengeance. Entre-temps je m’étais établi au Canada avec ma femme et ma fille handicapée. Quand la rancœur finit par paralyser ma voix, j’abandonnais la chanson. J’étais intoxiqué et à deux doigts de la mort. Mes amis pourtant continuèrent à croire à l’impossible. Ils n’arrêtaient pas de prier pour moi. C’est alors que le miracle eut lieu. Une étrange paix envahit mon cœur. Ce que les médecins n’avaient pas réussi, ma foi y parvint. Pendant trois mois et muni d’une bible je me suis retiré sur une montagne, loin de tout le monde. Là j’ai découvert la pharmacopée de Dieu. Sa thérapie salvatrice. Je me disais : comme chrétien je retrouverai le droit chemin. Mais sur la montagne j’appris que cela était insuffisant. « Tu devras pardonner à l’assassin de ton père. Quand ton cœur sera libéré de la haine, alors seulement tu pourras aimer de nouveau. C’est toi qui as besoin du pardon, pas le coupable. » Je ne me suis pas précipité sur lui à la descente de la montagne, loin s’en faut. Plusieurs mois plus tard, j’ai senti que j’étais prêt. Au même instant je découvris la liberté. J’en ressentais la force indescriptible. Et savez-vous le plus étonnant ? Depuis ce jour-là les chansons reviennent et coulent par milliers de ma plume et ma voix. »

En 2003 Jean-Paul reçut le Kora Award, le prix le plus prestigieux de l’Afrique noire. S’en suivit une tournée aux Etats-Unis, où il chantait son arme insolite, le pardon. Quand il retourna au Rwanda, Vincent venait de sortir de prison. Jean-Paul retourna au village pour y siéger au tribunal populaire, le gacaca. « Non que je voulais l’accuser, mais lui pardonner et fêter ma liberté intérieure. » C’était la première fois qu’ils se voyaient depuis treize ans. « Lui dire que je pardonnais en le regardant dans les yeux, c’était l’épisode final. J’étais un homme guéri. »

Jean-Paul et Vincent sont allés souper ensemble. « Je lui ai demandé où mon père avait été enterré. Vincent m’a emmené. Il me parlait de l’effroyable loi du génocide, qui voulait qu’on tue d’abord son meilleur ami, sinon on était soi-même exécuté. Puisque je me trouvais à l’étranger, il avait dû s’en prendre à mon père. Quand j’ai compris ce mécanisme du génocide, je savais que des génocides peuvent pousser n’importe qui d’entre nous à commettre l’indicible. »


[marron]En guise de conclusion[/marron]

Au mois de mai j’ai eu l’occasion d’assister à une conférence de Jan De Cock et d’acheter son dernier livre. Son premier livre « Des prisons comme hôtels » était basé sur des contacts directs et parfois fort prolongés avec des prisonniers du monde entier. Le titre en néerlandais était plus concis : Hôtel Prison. Son nouveau livre, pas encore traduit, s’intitule « Hôtel Pardon ». L’auteur a repris ses voyages de par le monde, cette fois-ci pour rencontrer les victimes et pour découvrir leur capacité étonnante et bienfaisante de pardonner.
J’ai donc condensé et traduit ces quelques exemples qui montrent la force étonnante et guérissante du pardon.
J. V.

[bleu marine]Référence à l’original :[/bleu marine]

Jan De Cock, “Hotel Pardon. Wereldverhalen over verzoening”, Lannoo, 2014, 344 blz.

“In woord en daad ijvert Jan De Cock, nooit aflatend en met al zijn talenten, voor de wenselijkheid van meer menselijkheid, in een wereldwijde maatschappij waarin vaak hardheid wordt verkozen boven hartelijkheid, samenloosheid boven samenleving. De verzoening van slachtoffers en misdadigers vereist een onvoorstelbaar fijngestemde mensenkennis, waarbij berouw en vergiffenis worden gemengd tot in elkaar vloeiende gevoelens van wederzijds begrip. In ieder mens schuilt een vonk van goedheid, ook al was die bijna gedoofd. Jan De Cock redt het vlammetje uit de verschroeiende haarden van haat en wraak. Meer dan moedig.”

Mark Eyskens, minister van Staat
 

[bleu marine]Note explicative sur l’auteur, Jan De Cock[/bleu marine] (www.prisoninfo.org)

Foto : Lies Willaert VRT
  Si en tant qu’instituteur primaire [bleu] Jan De Cock [/bleu] s’est laissé guider vers l’Amérique latine pour encadrer des enfants de la rue, il a également découvert là l’univers carcéral. Ses études de théologie sociale et son engagement dans des entreprises hospitalières en Afrique ont aussi tissé le fil rouge qui le rapproche des prisonniers. Actuellement, Jan travaille à mi-temps dans un hôpital à Anvers pour l’accompagnement de patients aux soins palliatifs. Il est ainsi disponible le reste du temps pour du bénévolat avec les prisonniers. Il participe également à l’asbl Within-Without-Walls qui collecte des fonds pour améliorer mondialement les situations avilissantes dans beaucoup de prisons et nous sensibilise à ce fait

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Comment les Russes fêtent-ils leur libération ? Comment célébrer le nouvel an quand meurt votre compagnon de cellule ? Les Esquimaux sont-ils incarcérés dans des igloos ? Quel est le poids d’une chaîne entre les pieds d’un condamné à mort à Bangkok ? Comment calmer mille prisonniers en Inde ?

Qui a fabriqué les costumes pour le film Le Seigneur des Anneaux ? Combien de personnes peut-on enfermer dans une cellule de dix mètres carrés à Haïti ? Comment tomber enceinte derrière les barreaux en Australie ? Dans quelle prison trouve-t-on une école maternelle ?

Jan De Cock a parcouru le monde, de prison en prison, à la recherche de la vie derrière les barreaux. Il s’est rendu auprès des prisonniers par des températures qui variaient de + 45 à – 25 degrés, à travers la steppe et le désert, en bateau ou à vélo. Il a rencontré des chapardeurs, des pickpockets et des pirates de l’air. Pendant des jours ou des semaines, il a partagé la cellule de musiciens, de comédiens, de tueurs à gage, de mères qui avaient volé pour nourrir leurs enfants. Il a séjourné parmi des malades de la tuberculose et du sida, et il a vécu en compagnie des rats et des puces, des lézards et des sauterelles. Une histoire à contre-courant sur l’univers impitoyable et bouleversant des établissements pénitentiaires à travers le monde.

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Compilateur/compositeur responsable : Jef Vleugels, rue Charles Degroux 118 – B-1040 Bruxelles


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