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L A V I G E R I E . be
Dialogue

Chercher l’autre dans la profondeur de sa vie spirituelle

Relais PB Maghreb N°26 – octobre 2015
mercredi 11 novembre 2015 par Webmaster

Nous vivons dans un monde où il y a une multitude de croyances. Ces derniers temps je reçois des emails d’amis qui montrent une certaine hostilité vis-à-vis du dialogue, et notamment le dialogue avec l’islam. Je pense que nous devons continuer à insister sur le fait que la vie chrétienne tient compte des autres et de leurs authentiques expériences spirituelles, voire leurs spiritualités, comme une certaine complémentarité avec nos propres expériences spirituelles.

J’aimerais bien m’inspirer de Christian de Chergé pour développer un peu cette idée parce que dans sa pensée, il donne une place importante à la spiritualité de l’autre. Sa pensée, à travers ses écrits, n’était pas pour défendre une idéologie ou l’authenticité de sa foi chrétienne au détriment de la foi musulmane, mais vivre la mission du dialogue se fondant sur une considération de l’autre comme étant révélateur de Dieu.

Pour Christian de Chergé, dans chaque personne il y a la trace de Dieu. Cependant, « pendant longtemps on a fait la sourde oreille au message de l’autre en contestant son lien original au TOUT-AUTRE. On continue de se heurter, parfois durement, au nom de […] divergences. » [1] Pour dépasser ce problème, il nous faut changer le regard que nous portons sur les autres croyances. Cela passe par une reconnaissance de l’authenticité de la vie spirituelle des autres croyants. Il faut voir aussi dans les pratiques religieuses des autres le dessein de Dieu. Christian de Chergé, faisant l’expérience avec l’Islam, reconnaît que les pratiques musulmanes du don de soi à l’Absolu de Dieu, les prières régulières, le jeûne, la soumission à la Parole, le pèlerinage, l’aumône, la confiance en la Providence, l’hospitalité, sont des pratiques sous la mouvance de l’Esprit de Sainteté dont nul ne sait d’où il vient ni où il va  [2]. Si on ne s’efforce pas de reconnaître la sainteté dans les pratiques des autres, on ne pourra pas constater leur lien original à Dieu.

Nous sommes peut-être invités à la rencontre de l’autre en profondeur parce qu’au plus profond de nos pratiques religieuses, il y a une présence divine en qui toutes nos pratiques trouvent leur sens. Christian ira plus loin dans sa pensée en disant qu’un homme de prière et de vie intérieure ne doit pas s’arrêter aux énoncés de la foi dans son dialogue avec l’autre, et buter sur l’opacité de leurs incompatibilités, sans parvenir à chercher l’autre dans les hauteurs ou les profondeurs où l’engage la droiture de sa disponibilité au travail de l’Esprit, en lui et au creuset de l’autre [3].

Les énoncés de la foi et notamment des dogmes ne doivent pas être des obstacles pour chercher l’autre en profondeur. Christian n’essaie pas de relativiser les dogmes mais de développer une pensée selon laquelle, l’accueil de la vérité déposée dans le cœur d’un autre frère malgré sa croyance, est plus important que tous les discours parce que cela exprime « notre soif et notre amour de Vérité qui n’est qu’en Dieu » [4] et ce Dieu qui se révèle en toute personne.

Tout homme est comme un puits.
Ce n’est pas n’importe quel puits mais celui de la Parole de Dieu qui est l’eau vive. Christian part d’une considération que la Parole de Dieu est un puits et depuis que le Verbe de Dieu s’est fait Homme, il nous a été révélé l’abîme de la nature humaine que chacun est un puits dans lequel au tréfonds se trouve l’eau vive [5]. Il développe cette idée à partir de l’entretien de Jésus avec la Samaritaine. Jésus disait à la femme : « … Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : « Donne-moi à boire. » c’est toi qui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive. […] Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; au contraire, l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle... » (Jn4, 1-42). Cette eau vive c’est la vie de Dieu. Tout ce que Jésus donne n’est autre que ce qu’il reçoit du Père, c’est-à-dire, la vie du Père en plénitude. Disons que, c’est parce que le Fils peut recevoir le Père en plénitude, qu’il peut nous communiquer la vie du Père et cette vie du Père, c’est la vie éternelle. Il y a en chaque personne la vie du Père communiquée par le Fils dans l’Esprit Saint. C’est pourquoi chaque personne dans sa singularité est un puits de vie de Dieu.

La rencontre de Jésus avec la Samaritaine montre d’une manière ou d’une autre que la vie de Dieu est communiquée à tous les peuples de toutes races, langues, cultures et nations parce que Jésus franchit les barrières sociales, géographiques, morales et religieuses. Les disciples le voyant avec elle sont surpris. « Que peut-il bien avoir à dire à cette femme ? Ils croyaient connaître cette femme de mauvaise vie, et la Samaritaine adultère parce qu’idolâtre, impure... Surprise ! Que peut-elle bien chercher en cet homme […] ? » [6] Peut-être devaient-ils se poser la question : que peut-il donner à cette femme ? Comment témoigner la fidélité au Christ si ce n’est en nous ouvrant ou en entrant en relation avec cette femme Samaritaine à qui Jésus s’ouvre et donne la vie ? Je pense que la beauté du témoignage de la foi chrétienne, c’est sa capacité de s’ouvrir aux autres croyants tel que le Christ nous en donne l’exemple.

Jésus n’a pas voulu faire de la Samaritaine une juive. Cependant, il lui dit : « l’heure vient, elle est là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » (Jn4, 23). Jésus affirme que ça ne sera ni à Jérusalem, ni sur la montagne que le Père sera adoré (cf. Jn4, 21) mais en esprit et en vérité. Selon Fadi Daou : « nous pouvons constater que pour Jésus-Christ l’adoration de Dieu n’est plus une affaire de culte religieux où il s’agit de savoir dans quel lieu il est plus juste de l’accomplir ou selon quelles formes culturelles il faut le faire. Il place plutôt l’adoration sur le plan spirituel où l’authenticité de la foi et la communion spirituelle avec Dieu compte en premier. » [7]. Cette authenticité de la foi et la communion spirituelle avec Dieu se vit au plus profond de nous-même malgré nos différences religieuses. Il est possible parfois que nous mettions plus l’accent sur nos appartenances religieuses que sur la communion spirituelle avec Dieu en nous et dans l’autre.

Je pense qu’aujourd’hui, dans nos rencontres avec l’islam, on doit se poser la question : en quoi je m’efforce pour comprendre un musulman dans la profondeur de la cohérence de son expérience spirituelle ? Je pense qu’il vaut la peine de prendre du temps pour réfléchir sur ce que l’islam apporte comme témoignage à notre propre foi.

C’est au nom même de la foi chrétienne qu’on pourra aller chercher l’eau vive chez notre frère musulman car il est un puits de Dieu et au tréfonds de son puits se trouve le don de Dieu, l’eau vive.

  Jones Kawisha
Père Blanc

[1Christian de Chergé, Lettres à un ami fraternel, Paris, Bayard, p. 185

[2(ibid., p. 184)

[3Bruno Chenu, Sept vies pour Dieu et l’Algérie, Paris, Centurion, 1996, p. 91

[4Christian de Chergé, Lettres à un ami fraternel, p. 188

[6Ibid., p.58

[7Fadi DAOU, Nayla TABBARA, L’hospitalité divine : L’autre dans le dialogue des théologies chrétienne et musulmane, Berlin, Lit, 2013, p. 26


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