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L A V I G E R I E . be

Lignes de fracture N°101 Breuklijnen

Mars - Maart 2016
dimanche 3 avril 2016 par Jef Vleugels

 LA MERVEILLEUSE SOLIDARITE DES GRECS

Cela fait longtemps que le petit village de Xerso, situé à quelques kilomètres de la frontière gréco-macédonienne d’Isomeni, n’avait pas connu une telle animation. Sur la place communale, les réfugiés qui arrivent par groupes de dix, vingt sont bien reçus.

Souvent, les bus les emmènent directement du Pirée au camp. Trois mille personnes sont déjà logées là. Les militaires leur servent trois fois par jour un repas chaud. « Ils ont le même menu que nous », déclare fièrement le commandant du camp. Pour lui, seuls les militaires peuvent faire face à ce type de situation. « On a des tentes imperméables – alors qu’à Idomeni, elles ne le sont pas -, les cuisines, les infrastructures et le savoir-faire. L’armée devrait être mieux exploitée. » Un peu plus loin, deux cars des forces antiémeute veillent discrètement, selon les ordres du gouvernement. Jusqu’à présent, on n’a déclaré aucun incident impliquant des réfugiés dans la région.

« Dans le coin, on est tous réfugiés nous-mêmes ou descendants de réfugiés », explique Giorgios Perperidis, journaliste et propriétaire d’un hebdomadaire. « Quand on les voit arriver sur la place de la ville, on a tous en tête les images des histoires que nos parents en grands-parents nous ont racontées. » Giorgios Perperidis est lui-même descendant de réfugiés d’Asie mineure arrivés en 1922 après les guerres gréco-turques. A l’époque, 1,5 million de Grecs ont été déplacés. Après, en 1945, c’était au tour des Grecs de Bulgarie de débarquer. Puis, plus récemment, en 1989 lors de la chute du mur de Berlin, ce sont les Grecs du Pont-Euxin (mer Noire) ou d’Abkhazie (dans le Caucase) qui sont arrivés par milliers.

Ici, donc, personne n’a fermé sa porte aux réfugiés et aux migrants. Bien au contraire, les dons affluent dans la salle communale. Helena, la trentaine très énergique, ses longs cheveux tirés en queu-de-cheval, est visiblement sur les rotules. Cela fait une semaine qu’elle trie ces dons et les mets dans des cartons. « On est débordé, on ne sait plus où les mettre. J’ouvre la porte le matin et il y en a partout. Des gens nous appellent de toute la Grèce, de Ioannina pour nous demander quoi envoyer, de Crète pour nous prévenir qu’ils envoient un conteneur. Une fille m’a appelée de la Chalcidique aussi : elle veut envoyer des palettes… Où allons-nous stocker tout ça ? »

Pas question pour cette belle brune de passer la main aux nombreuses volontaires venues prêter main-forte. « Elles ne savent pas comment trier, il faut d’abord que je les forme, et puis les réfugiés syriennes sont habituées à moi. Je suis ‘Madame vêtements propres’. Elles me font confiance. Elles savent que si elles demandent quelque chose de spécial que seule une femme peut demander à une femme, comme des protections hygiéniques, je ferai tout pour le trouver. »

Pendant que les femmes vont à la pêche aux vêtements, les hommes rechargent leur téléphone sur la place du village. Personne ne s’offusque de voir les compteurs d’électricité mis à nu pour que les réfugiés puissent y brancher leur téléphone, seul moyen pour communiquer avec les leurs restés au pays ou avec les passeurs. « Mon grand-père et ma grand-mère ont vécu exactement la même chose il y a presque 100 ans », se rappelle Giorgios Perperidis. « L’histoire se répète en sens inverse : pendant la guerre, ils ont cherché refuge en Syrie. »

Quelques kilomètres plus loin, dans la ville de Kilkis, même effervescence. Dans la zone piétonnière, Kosta, pharmacien, la soixantaine, s’active pour empaqueter les dons. Ce communiste pur et dur se rend trois fois par semaine au camp d’Idomeni pour distribuer des douceurs, des médicaments et de la bonne nourriture aux enfants. Son frère, qui habite la Suisse, lui a envoyé 1000 francs suisses. « Je longe la route et dès que je vois un groupe de réfugiés, je m’arrête, je les appelle et leur donne ce que j’ai. »

Les mêmes scènes de solidarité se répètent un peu partout dans le pays. Dimanche, à des milliers de kilomètres de là, une collecte géante était organisée place de la Constitution à Athènes. Plusieurs tonnes de nourriture, vêtements, jouets et médicaments ont été récoltées. Selon un récent sondage, 66% des Grecs refusent que les frontières du pays se ferment aux réfugiés.

Le Premier ministre Alexis Tsipras l’a confirmé, dimanche. « Nous sauvons le visage humain de l’Europe mais nous ne pouvons incarner seuls ce visage. Les Vingt-huit doivent ouvrir leurs frontières et procéder aux relocalisations comme prévu. » Et d’insister : « Il n’est pas question que la Grèce maintienne enfermés dans ces camps des gens qui n’ont commis aucun crime ».

Angélique Kourounis, envoyée spéciale, in La Libre Belgique du 8 mars 2016
 

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