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Le Pape favorable à une théologie du dialogue pour la paix en Méditerranée

Marie Duhamel – Vatican News
samedi 29 juin 2019 par Webmaster

La Méditerranée est un espace de passages, d’échanges et parfois de conflits. Comment y transformer une coexistence pacifique en fraternité authentique ? Comment faire prévaloir l’accueil de l’autre ? Comment les religions peuvent contribuer à cela ? Telles sont les questions auxquelles le Pape s’est proposé de répondre ce midi. François a conclu, à Naples, un colloque à la faculté de théologie de l’Italie méridionale…

Un peu plus d’an après la publication de sa constitution apostolique Veritatis Gaudium, il a plaidé à nouveau aujourd’hui pour un renouveau des études en faveur d’une théologie kérygmatique, du discernement, de la miséricorde et de l’accueil, en dialogue avec la société, les cultures et les religions pour la construction d’une cohabitation pacifique des personnes et des peuples.

Visite du Pape à la Faculté pontificale de théologie de l’Italie méridionale à Naples, ce vendredi 21 juin<br(Vatican Media)

Le Pape indique deux « critères » au service d’une Église « qui met toujours plus l’évangélisation au centre » pour renouveler les études en théologie : le Kérygme, c’est-à-dire l’attestation de la résurrection de Jésus crucifié, et le dialogue avec « toutes les instances humaines » ; dialogue qui constitue pour le Pape « une méthode de discernement et d’annonce de la Parole » adressée à toutes personnes.

Entrer en dialogue profond avec les peuples

François invite les étudiants à devenir des « ‘ethnographes spirituels’ de l’âme des peuples », d’engager avec eux un dialogue profond, sans esprit de conquête, sans prosélytisme, sans réfutation agressive, affirme-t-il, mais en se montrant toujours dociles à l’Esprit, en témoignant de l’amour de Dieu jusqu’au sacrifice de sa vie. Le Pape cite en exemple Charles de Foucauld, les moines de Tibhrine ou Mgr Pierre Claverie.

« Le dialogue n’est pas une formule magique » assure François, mais la théologie ne pourra qu’en tirer profit pour se renouveler.

Le Pape plaide pour des leçons de langues et de cultures arabe ou hébraïque dans les universités. Il encourage à une éducation au dialogue avec le Judaïsme « pour mieux vivre notre relation sur le plan religieux », et avec l’Islam. « Avec les musulmans, nous sommes appelés à dialoguer pour construire le futur (…). Nous sommes appelés à les considérer comme nos partenaires pour construire une coexistence pacifique, même si se vérifient des épisodes choquants qui sont l’œuvre de groupes fanatiques islamiques ».

Le Pape espère que la pratique du dialogue permettra de déployer « une grande tente de paix » sur le bassin méditerranéen ; une tente sous laquelle puissent vivre les différents fils d’Abraham dans un respect réciproque.

A l’aube du 3e millénaire, la Méditerranée a besoin de « narrations renouvelées et partagées (…) génératrices d’espérance », déclare le Saint-Père.

Purification de la mémoire

Si un profond enracinement ecclésial et historique est nécessaire, le Pape demande aux universitaires d’échapper aux logiques autoréférentielle et compétitive qui existent parfois au sein des établissements, pour sortir d’eux-mêmes et de leurs privilèges, afin de se montrer ouverts aux nouveautés de l’Esprit, pour aller à la rencontrer de l’autre, toujours pleins de compassion. « Sans communion et compassion, la théologie non seulement perd son âme mais perd l’intelligence et la capacité d’interprété l’histoire de manière chrétienne », affirme François.

Le Pape invite à un travail de purification de la mémoire. Il fait référence aux « comportements agressifs et guerriers qui ont marqué la manière de vivre de peuples qui se disaient chrétiens dans l’espace méditerranéen ». Le Pape énumère « les pratiques coloniales », « les justifications des guerres », « les persécutions faites au nom d’une religion » ou sur « un prétexte de pureté raciale ou doctrinale ». Le Pape assure que le dialogue et l’écoute, guidés par la miséricorde, peuvent « enrichir la connaissance et une relecture de cette douloureuse histoire en faisant émerger par contraste les prophéties de paix que l’Esprit n’a jamais manqué de susciter ».

La théologie génératrice d’espérance

Le Pape invite les théologiens méditerranéens à créer « un réseau évangélique » en solidarité avec les « naufragés » de l’histoire. « Maintenant que le christianisme occidental a appris de tant de manquements et d’erreurs du passé, il peut retourner à ses sources, en espérant pouvoir témoigner de la Bonne Nouvelle ».

Pour le Pape, la théologie peut aider l’Église et la société civile à reprendre la route en compagnie de tous ces naufragés, en encourageant les populations de Méditerranée à « rejeter toute tentation de reconquête et de fermeture identitaire » pour construire une société juste et fraternelle.

Le devoir de la théologie consiste à se syntoniser avec Jésus ressuscité et « d’atteindre les périphéries, y compris celles de l’esprit ». Revient ainsi aux théologiens le devoir de favoriser la rencontre des cultures avec les sources de la Révélation et de la Tradition mais, prévient François, « les grandes synthèses théologiques du passé » sont des puits de savoir « qui ne peuvent s’appliquer mécaniquement aux questions actuelles ». Il convient d’en faire trésor et de trouver de nouvelles voies. Grâce à Dieu, souligne le Pape, « les sources primaires » de la théologie, c’est-à-dire la Parole de Dieu et l’Esprit Saint, sont « inépuisables et toujours fécondes ». Le Pape défend « une Pentecôte théologique » qui permette aux femmes et aux hommes d’aujourd’hui d’écouter « dans leur langue » une réflexion chrétienne « qui réponde à leur recherche de sens et d’une vie pleine ».

La centralité de la miséricorde

Pour y parvenir, toujours repartir de l’Évangile de la miséricorde car « la théologie naît parmi des êtres humains concrets », estime François. Il demande aux théologiens de porter sur les hommes, parmi lesquels ils vivent, « le regard et le cœur de Dieu », autrement dit, un amour miséricordieux. Comme les curés, ils sont appelés à porter sur eux l’odeur du troupeau. « La miséricorde n’est pas un comportement pastoral, mais la substance même de l’Évangile » souligne le Pape qui appelle ainsi à réfléchir à sa centralité dans toutes les disciplines universitaires : la dogmatique, la morale, le spiritualité, le droit, etc.

Le Pape rêve d’une théologie qui soit « l’expression d’une Église qui est ‘un hôpital de campagne’, qui vive sa mission de salut et de guérison du monde ».

Contre le monolithisme, le Pape soutient une « liberté théologique ». En effet, explique-t-il, sans expérimenter de routes nouvelles, on ne créera rien de nouveau.

Statut des universités, horaires des leçons, méthodes d’enseignement… Dans les universités, François juge que tout doit être mis en place pour favoriser la participation du plus grand nombre de personnes intéressées par la matière, notamment les femmes, laïques ou religieuses.

« Je rêve d’une faculté de théologie où se vive la convivialité des différences, où l’on pratique une théologie du dialogue et de l’accueil (…), où la recherche théologique soit en mesure de promouvoir un processus d’inculturation certes fatiguant mais passionnant »

Après la constitution apostolique Veritatis Gaudium, la théologie doit donc, pour le Pape, être en dialogue avec les cultures et les religions pour construire une coexistence pacifique des personnes et des peuples.

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