missionarissen van afrika
missionnaires d’afrique

L A V I G E R I E . be
« EN VUE DU CHAPITRE DE 2010 »

Ce qu’est le missionnaire

Nuntiuncula N°655 Mars-Avril 2009
vendredi 1er mai 2009 par Webmaster

Un confrère nous partage ses réflexions à propos du missionnaire.

Dans son livre de souvenirs, « Un long cheminement vers la liberté » , Nelson Mandela, le vainqueur de l’apartheid, rappelle ses années de collège, au Transkei, il y a longtemps ... Étant de la famille royale des Thembu (du peuple des Xhosa), il apprend que le directeur, le Révérend C. Harris, « était un homme unique, un Thembu blanc, qui, au plus profond de son cœur aimait le peuple thembu », et, auprès de lui, Nelson serait le mieux placé pour être formé à son rôle.

Ce bel éloge du missionnaire méthodiste, « un Thembu blanc », me rappelait les consignes du Cardinal Lavigerie à ses missionnaires : « Se rapprocher des indigènes, par le langage d’abord, par le vêtement... » On a certes reconnu plus tard quelque simplisme dans ces directives sur l’adaptation. Mais leur valeur était et reste première, « parce qu’elles forment la principale caractéristique qu’il veut donner à sa fondation » écrit Xavier de Montclos à propos du Cardinal. « Question ...qui est capitale puisque les missionnaires ne pourraient abandonner cette méthode, sans perdre, selon l’expression de l’Archevêque, leur véritable ’raison d’être’... C’est la mise en œuvre, en Afrique, de la pastorale paulinienne du »tout à tous« ... Insistance sur ce que nous appellerions aujourd’hui une pastorale de dialogue. » Et « ce premier mouvement de la charité » s’accompagnerait de bienfaits et de dévouement."

(X. de Montcles, Lavigerie la mission universelle de l’Église, pp 28-30).


 

Ce « mouvement de charité » envers un autre peuple, caractérise réellement le missionnaire (pas seulement les Pères Blancs) parmi les apôtres aux visages si divers, du Seigneur Jésus.

C’est la spécification vraie de ce qu’il est, en visant plus, actuellement, la compréhension « de l’autre » que les éléments matériels cités par Lavigerie ; mais il mettait en premier lieu « le langage », qui est déjà une pénétration essentielle de la mentalité, de la culture.

  • « Etre missionnaire, c’est »quitter sa propre chapelle pour s’avancer vers un pays peut-être sans retour."
    (H.Madelin s.j, des Études, 1996).
  • « Pour moi, le témoignage de communion inter-culturelle constitue l’essence même de la Mission », et « quelle que soit la tâche particulière que le missionnaire entreprenne »
    (Aylward Shorter p.b. Petit Écho, numéro spécial 8, 1997)
  • « Nous avons toujours compris qu’être missionnaire comporte essentiellement le don de nous-mêmes aux peuples chez qui nous allons vivre. »
    (P.J. Greene, Petit Écho 2005.)
  • Et on constatera que ces quelques opinions s’accordent à l’enseignement du Père Général sur la « vision » du Cardinal : « Cette proximité, cet enracinement auprès des peuples. »
    (Petit Écho 2009/1, p.11)


     

On a cherché à définir autrement la « spécificité » missionnaire , - je ne vois pas qu’on y ait réussi (certains préfèrent la nier).
  • a) Selon certains textes - de Rome aussi -, le missionnaire est celui qui va « à ceux qui sont loin du Christ », « là où le Christ est inconnu », donc toujours pour la première annonce évangélique chez « les infidèles ». L’encyclique Redemptoris missio (1990) l’a redit pour désigner le missionnaire « au sens strict » ; mais elle montre aussi abondamment qu’il doit prolonger et approfondir cette première annonce dans les jeunes Églises.

    Aussi ne faut-il pas en rester à une définition dépassée. Lavigerie envoyait certes les Pères Blancs chez « les infidèles de l’Afrique » ; pouvait-il alors s’exprimer autrement ? Le Père Général, dans l’article cité plus haut, rappelle « la priorité aux non chrétiens comme souci de tous », mais certes pas pour dénier la qualité de missionnaire à ceux (nombreux et depuis longtemps) qui font autre chose que l’évangélisation première.

  • b) On a voulu parfois mettre la spécificité missionnaire dans la beauté de la consécration aux missions ; cette oblation de soi a été dite « le sacrifice ultime. » Le Père Volker, intervenant au Concile Vatican Il allait plutôt dans ce sens : l’offrande de soi au Christ jusqu’au bout ... une appréciation qui est belle : Lavigerie demandait « un attachement fort et ardent à Notre Seigneur. » ... qui pouvait conduire au martyre ! Mais serait-ce au point de faire ainsi distinguer le missionnaire parmi les autres apôtres ou consacrés" parce que offert plus totalement qu’un autre prêtre ? Qu’une moniale ? ... Il est trop osé de déterminer par là la spécificité missionnaire.
  • c) Celle-ci a été reconnue par d’autres dans les tâches de « planter l’Église » là où elle ne se trouvait pas... mais en déduisant que c’est une affaire dépassée, les jeunes Églises étant bien vivantes en de nombreux pays : « l’ère des missions est à sa fin », a-t-on osé écrire. Erreur qui a égaré des gens et même des missionnaires, en jetant le discrédit sur leur vocation, leurs instituts. Y a-t-on assez répondu ?

    Pour nous, Pères Blancs, le premier Chapitre d’aggiornamento de 1967, rejetait une option entre évangélisation (première) et une autre activité dans les jeunes Églises. Dans les deux cas « les Pères Blancs exercent une véritable activité missionnaire ». ... Le Chapitre n’a pas défini deux types de Pères Blancs dans la Société (Doc. capitulaires pp 65-66).
     

Et, s’il y a « un souci préférentiel pour tous les non chrétiens » ... le plus souvent, cette proclamation (de l’Évangile) se fera à travers des communautés chrétiennes".

- Le Pape Paul VI, à Kampala en 1969, affirmait : « Vous, Africains, vous êtes désormais vos propres missionnaires » ; une consigne souvent citée mais pas toujours loyalement ; car le Pape disait aussi des missionnaires, que leur histoire dure encore et ... devra durer longtemps« , par l’aide de collaborateurs provenant d’autres Églises ».

(on appréciera aussi les paroles du Cardinal Wamara, de Kampala en 2005, avec le beau commentaire du P. Richard Nyombi, Petit Écho, 2009/1)

- De son côté, le grand théologien que fut le Père Tillard énonce que le missionnaire « vient dans une chrétienté d’ordinaire plus jeune... chez des hommes qui pensent et s’expriment d’une tout autre façon... il vient pour communier à la vie de cette Église ... même dans les jeunes chrétientés déjà solidement établies. » … « Le missionnaire fidèle à la vocation reçue de l’Esprit témoigne ainsi de Seigneurie universelle »

(J-M Tillard, o.p. « Mission et Missions. L’Évangile. » dans « Vocations », 1974 ; repris plus tard aux Éditions de Lumen Vitae.)

- Le Père Hebga, Jésuite africain, avait dit plus carrément les choses : « II est faux que les missionnaires étrangers doivent s’en aller ou se considérer comme ’un clergé étranger en sursis’. Ils »sont pleinement chez eux à perpétuité dans les nouvelles Églises qu’ils servent"

(M. Hebga, s.j. « Émancipation d’Églises sous tutelle », présentation par la revue Spiritus, n° 30)


 

Ces mises au point, - avec d’autres précisions à ajouter - ramènent toujours à cette conclusion : l’identité vraie du missionnaire est d’être apôtre du Christ vers l’ailleurs, vers d’autres peuples que le sien, avec ses exigences propres (et, bien sûr, celles de toute vocation apostolique). Souhaitons que cette vue soit clairement reconnue, en écartant les ambiguïtés et les déformations de l’histoire.
Edmond Thiry
janvier 2009.

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