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Quelques nouvelles

Thembalabasha Juin 2009

Philippe Docq
lundi 8 juin 2009 par Ph. Docq, Webmaster

Nouvelles de Philippe et de TYC (Tembalabasha Youth Center)

Presque six mois se sont écoulés depuis ma dernière communication. Six mois riches en événements, même si certains sont plutôt pénibles. En effet, pendant les trois premiers mois de 2009, trois prêtres catholiques ont été assassinés en Afrique du Sud. Un prêtre âgé a été retrouvé mort dans son appartement à Pietermaritzburg dans le KwaZulu Natal ; en février, c’était un jeune prêtre d’un diocèse voisin du mien qui était assassiné par de jeunes hommes à qui il avait donné un “lift”. Mais l’estocade aura été pour nous tous, prêtres du diocèse de Johannesbourg, la mort du Père Lionel Sham, assassiné par deux jeunes, dont l’un – un ancien enfant de la rue – était bien connu du Père Lionel qui l’avait souvent aidé. Tous ces meurtres avaient pour unique motif le vol, très souvent de choses sans grande valeur marchande. Dans un pays où la richesse est très apparente, mais très mal distribuée malgré les lois favorables aux plus pauvres, beaucoup de jeunes n’ont rien à perdre, si ce n’est la vie pourtant si précieuse !

Un autre gros événement de ce début d’année a été l’élection du nouveau président d’Afrique du Sud. Jacob Zuma est l’heureux élu, sans surprise car il était le seul candidat de l’ANC qui reste le parti préféré de la majorité de la population. Pas de surprise mais quelques inquiétudes quand même, que vous partagerez sans doute avec moi si vous suivez la presse. Mais, d’une manière générale, il me faut rester positif et enthousiaste : l’ANC a quand même fait beaucoup pour redresser la situation créée par l’apartheid. Les gros défis restent malgré tout : un taux très élevé de criminalité, une pauvreté qui ne semble pas diminuer malgré les efforts du gouvernement, un enseignement en chute libre - surtout dans les townships et les squatter camps, un taux de chômage très élevé.

L’Afrique du Sud se prépare à recevoir la Coupe du Monde de football l’année prochaine. L’excitation est à son comble. Partout dans le pays, les routes sont en train d’être réparées, élargies, réorganisées... Il y a des travaux partout. On se croirait en Europe ! Une ligne ferroviaire toute neuve est en construction entre l’aéroport international de Johannesbourg et Pretoria, en passant par le centre nerveux économique de Santon. Un genre de RER, en partie construit par le groupe français Bouygues.

. . .

C’est à Thembalabasha – trois programmes pour des jeunes très défavorisés - que je passe le plus de temps. Je passe tous les après-midis au « shelter », c’est-à-dire au centre résidentiel où une dizaine d’adolescents essaient de mieux comprendre d’où ils viennent et comment ils peuvent ajuster leur comportement pour vivre au maximum le potentiel qu’ils portent en eux. Ils sont tous très attachants, mais qu’il est difficile de les libérer de leurs antécédents ! La plupart n’ont pas connu de père, leurs modèles sont donc leurs aînés ... qui sont rarement des modèles.

Nous avons une dizaine d’ados au centre d’hébergement. J’ai décris la plupart d’entre eux dans un précédent message. Il y a eu ces derniers mois des développements très positifs. Certains des plus grands commencent à comprendre ce que nous pouvons vraiment leur offrir. J’ai commencé avec eux un « coaching » pour qu’ils deviennent les « hommes » dont Dieu rêve et dont le pays a vraiment besoin. Ils sont très réceptifs, particulièrement Sipho 18 ans et Thato 17 ans. Le travail de réhabilitation est un long travail de patience et d’amour... souvent décourageant.

Suite des nouvelles sur le Blog de Philippe

Tapelo...

Mardi matin (24 février 2009), une quinzaine de jeunes de la rue sont venus, comme à l’habitude, à la paroisse de Lénasia. Ils m’ont annoncé la grande mauvaise nouvelle : « tu ne verras plus Tapelo ! Ils l’ont (littéralement) égorgé samedi soir dans une taverne ! » Tapelo avait 22 ans (à ma droite sur la photo, celui qui me regarde). Je le connaissais depuis 5 ans, « un pro de la rue ». Il avait déjà risqué sa vie il y a un an et demi lorsqu’il avait essayé de cambrioler une maison de Lenasia avec son ami Mpho. Celui-ci, un ancien du Shelter (centre d’hébergement), avait eu moins de chance. Il s’était fait attraper et liquider vite fait bien fait d’une balle de révolver au milieu du front, comme dans les mauvais films. C’est moi qui l’avait enterré dans le squatter camp où vit sa grand-mère. Il avait 17 ans !

Que s’est-il passé avec Tapelo, je l’apprendrai peut-être petit à petit. Je le connaissais bien. Je l’aimais bien, mais il vivait dangereusement ! Il y en a beaucoup de ces jeunes qui ont choisi de vivre comme ça. Que faire pour rembobiner le cours de leur vie, pour effacer une partie du disque dur, et leur donner une nouvelle chance ? Ils ont si peu d’espoir de s’en sortir. Ils savent que leur vie est précaire, mais ils préfèrent ne pas y penser.

Il est très difficile d’évaluer le travail que l’on fait avec les jeunes de la rue. Il faut parfois attendre des années avant de voir les fruits. Ainsi, je viens de recevoir des nouvelles de trois de mes anciens « street kids » de Tanzanie (1992-1997). Prochainement je mettrai en ligne des extraits des trois lettres que j’ai reçues récemment. C’est encourageant, cela me donne la force de continuer...

A bientôt pour d’autres nouvelles.

Philippe
07/06/2009

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