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L A V I G E R I E . be

Lignes de fracture N°24

Mai - Juin 2009
mercredi 24 juin 2009 par J.V.

 LA RÉCENTE OPÉRATION MILITAIRE SÈME LA TERREUR À L’EST DU CONGO

Pax Christi Vlaanderen – 9 mai 2009
Hilde Deman (Broederlijk Delen – Pax Christi Vlaanderen) et Donatella Rostagno (EurAc) viennent de rentrer de l’Est du Congo et tirent la sonnette d’alarme : les opérations militaires contre les hutus rwandais rebelles du FDLR imposent à la population civile des sacrifices inacceptables.

L’opération conjointe rwando-congolaise contre le FDLR début 2009, Kimya I (« calme, repos » en Lingala) fut très favorablement accueillie par l’Occident. D’après le commissaire de l’UE, Louis Michel, c’était le début d’une solution pour les conflits qui ravagent le Congo depuis des années. En effet, la collaboration entre les dirigeants rwandais et congolais constitue une condition sine qua non d’une paix durable, mais cette collaboration doit dépasser le stade d’un déploiement de forces purement militaires.

Quelques mois après la fin de cette opération, nous constatons qu’en effet les bastions du FDLR au Nord-Kivu ont été fortement endommagés, sans être pour autant éliminés, loin de là. Les rebelles se vengent maintenant sur la population du Nord-Kivu, qu’ils accusent de collaboration avec les armées rwandaise et congolaise. Human Rights Watch annonçait la semaine passée que des villages avaient été brûlés dans la région de Lubero et que des enfants avaient alors été brûlés vifs. Depuis janvier 2009 plus de 150 civils ont été massacrés et le nombre des réfugiés a augmenté de 250.000. Depuis de début de Kimya I le nombre des viols brutaux a de nouveau augmenté, oeuvre du FDLR, de l’armée nationale et d’autres milices. Cette opération commune a eu aussi pour effet de repousser une grande concentration de FDLR en direction du Sud-Kivu.

En outre, l’intégration dans l’armée congolaise des ex-rebelles du CNDP (dont l’ancien chef Nkunda est encore toujours en résidence forcée au Rwanda) ne se déroule que fort laborieusement : il existe des indications qu’ils se retirent en masse dans les forêts du Nord-Kivu et qu’ils se préparent à reprendre la lutte.

Devant les résultats décevant de Kimya I, le gouvernement congolais lança une deuxième opération au Nord-Kivu. Dès demain cette opération englobera le Sud-Kivu. A l’avis de la population, il faut trouver une solution au phénomène FDLR, mais en même temps elle craint qu’une nouvelle opération militaire ne fera qu’augmenter leur misère. Et pour cause. En préparation de Kimya II, l’armée nationale (FARDC) envoie 8000 soldats supplémentaires au Nord-Kivu. Là où ils sont engagés, la population signale pillages, viols et tueries. Dès maintenant la population s’enfuit pour éviter d’être prise entre les FARDC et le FDLR. Nombre de familles se mettent ainsi en route pour la ennième fois dans l’espace de quelques mois.

Dans cette affaire la communauté internationale s’est fait nettement reléguer au second plan. Les FARDC donnent peu d’information sur Kimya II. Cela rend très difficile la tâche principale de la Monuc : la protection de la population civile. Il y a beaucoup de chances que dans les semaines à venir la Monuc et les organisations humanitaires devront assister un grand nombre de nouvelles victimes civiles, or des deux côtés ils disent être déjà surchargés. La Monuc attend d’ailleurs toujours les 3.000 soldats supplémentaires promis l’année passée.

Mais cela fera-t-il la différence ? Rien n’est moins sûr. Aussi longtemps qu’on n’aura pas mis de l’ordre dans les rangs des FARDC, ces troupes constitueront une des plus grandes menaces pour la population. C’est à cause de cela que plusieurs groupes rebelles refusent pour le moment d’être désarmés, malgré les accords signés au mois de mars avec le gouvernement congolais. Ils ne veulent à aucun prix risquer leur propre sécurité et celle du groupe ethnique qu’ils défendent. C’est pourquoi le processus de désarmement et de démobilisation, prévus dans le programme de paix Amani, est dans une impasse totale.

Kimya I n’a donc nullement apporté la paix pour la population de l’Est du Congo, et rien ne présage que Kimya II fera mieux. Il est parfaitement irréaliste de penser que le FDLR pourra être éliminé par des moyens purement militaires. En outre les risques encourus par la population dans ce genre d’opérations sont trop grands. La communauté internationale doit insister auprès des gouvernements congolais et rwandais afin qu’ils recherchent une solution négociée, qui passera obligatoirement par de laborieux pourparlers politiques. La priorité des priorités reste la transformation de l’armée. La Belgique et l’UE y contribuent déjà substantiellement, mais ces efforts doivent s’intensifier. A court terme il faut exiger des FARDC qu’elles garantissent parfaitement la sécurité de la population civile pendant Kimya II..

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