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L A V I G E R I E . be
Islam

Pourquoi un dialogue de religions ?

mardi 23 février 2010 par Webmaster
Par le Pr Mohamed HADDAD [1]

(extraits)

Le dialogue interreligieux est largement admis, aujourd’hui, au moins comme principe et ambition. Nous devons nous en féliciter, car la chose n’allait pas de soi. Sans chercher loin dans l’histoire, il suffit pour s’en convaincre de rappeler l’atmosphère qui a régné après les attentats terroristes de 2001 : scepticisme et désengagement, extraordinaire prolifération de la thèse du choc des civilisations, régression des discours et des positions des uns et des autres. On a cru à certains moments que les timides tentatives de dialogue interreligieux qui avaient marqué la deuxième moitié du XXe siècle étaient vouées à un oubli définitif.

Il faut rendre hommage à tous ceux qui ont résisté au scepticisme ambiant et refusé de changer de position en fonction du changement de l’atmosphère régnante…

Il appartient aujourd’hui aux acteurs de ce dialogue de lui donner une forme plus concrète et un contenu plus substantiel. Les demandes les plus pressantes consistent aujourd’hui à maintenir la paix religieuse et à s’opposer aux fondamentalismes et intégrismes qui traversent toutes les religions sans exception, ainsi d’ailleurs à une forme de laïcisme qui doit être distingué de la juste sécularisation...

Je propose de poser au dialogue interreligieux trois tâches essentielles :

  • La reconnaissance de l’autre va au-delà de la notion classique de tolérance.

Elle admet la diversité comme donnée fondamentale de l’humanité. Les gens ne peuvent pas s’unir autour d’une même vérité, alors il appartient à chacun de vivre sa vérité dans le respect des autres et de leurs vérités. Une reconnaissance qui se base sur la diversité implique une attitude bienveillante à l’égard d’autrui. La diversité sera considérée comme un enrichissement mutuel et non pas une situation de dégradation du genre humain. Ainsi faudrait-il que toutes les religions se débarrassent de la mentalité dite du « groupe de salut » (al-firqa al-najiya) qui avait orienté le rapport entre les religions des siècles durant, et qui a fait que la diversité entre les religions et au sein même d’une seule religion a été pensée comme un élément négatif, voire un mal qu’il fallait chasser par tous les moyens...

C’est ainsi que des systèmes d’exclusion réciproque se sont développés et ont fini par enfermer les croyants dans leurs traditions réciproques, reléguant le différent au statut de l’erreur… Ainsi nous prévenait le sage Coran : « Si Dieu l’avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. Mais Il a voulu vous éprouver par le Don qu’Il vous a fait » (V -48).

La tenue des sessions du dialogue interreligieux est, en soi, une concrétisation de l’acceptation de la différence, car ce dialogue ne vise ni la conversion des uns aux religions des autres ni la démonstration de la supériorité des uns sur les autres. La présence des acteurs religieux dans ce dialogue est essentielle ; elle seule peut confirmer le changement des mentalités et des attitudes religieuses.

  • La deuxième tâche repose sur la connaissance du fait religieux.

Si la reconnaissance est un acte d’échange spirituel et oecuménique entre les représentants des religions et des traditions religieuses, la connaissance du fait religieux s’inscrit dans un processus cognitif général et repose sur les méthodes élaborées dans le sillage des sciences humaines modernes : il s’agit de décrire et non pas de juger, de s’astreindre aux données textuelles et historiques, de tenter d’expliquer au moyen des facteurs qui expliquent tous les actes humains, c’est-à-dire l’herméneutique, le social et le psychologique. … Sa connaissance relève de l’universel, donc de la science, et pas du particulier, c’est-à-dire de la tradition. Une science des religions qui se distingue des sciences religieuses (théologie) mais qui ne prétend pas se substituer à elles ou les affronter, fait partie des schémas de dialogue…

  • Enfin, troisième tâche, le questionnement de soi.

Encore une fois, ce n’est pas un hasard si la Tunisie s’est révélé un terrain propice pour l’échange et le dialogue, même dans les circonstances les plus difficiles... Le dialogue avec autrui rime avec le questionnement sur soi-même. En effet, la reconnaissance de l’autre d’une part, et une meilleure connaissance du fait religieux d’autre part, ne peuvent que promouvoir les interprétations et les positions ouvertes par rapport à ma propre vérité et ma propre tradition.

Si mon devoir envers l’autre se limite au respect, car aucune partie ne doit dicter à l’autre ce qu’elle doit être et aucune ne peut s’ériger en modèle absolu à calquer par les autres, mon devoir à l’égard de ma propre tradition va au-delà du respect, puisque j’en suis le légataire et le responsable. Il m’appartient de l’ouvrir à l’universel, de l’accommoder à la modernité et d’approfondir en elle le respect des Droits de l’homme, dont les religions ont été le lointain précurseur grâce à la fameuse notion de dignité humaine...

Le dialogue interreligieux est appelé à contenir les trois tâches à la fois pour se situer au niveau des ambitions et des espoirs que portent en lui aujourd’hui tant de femmes et d’hommes qui se côtoient dans un monde transformé par les nouvelles technologies en un village planétaire
RELAIS P.B. PROVINCE MAGHREB (N°9) – Fév. 2010

[1Professeur des universités tunisiennes, titulaire de la Chaire Unesco d’études comparatives des religions à Tunis.


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