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L A V I G E R I E . be

Lignes de fracture N°40 Breuklijnen

Octobre-Oktober 2010
mardi 19 octobre 2010 par J.V.

 AUCUN HOMME N’EST ILLÉGAL

On les nomme communément les « illégaux ». Des hommes, des femmes, des enfants réduits à leur plus simple existence administrative. Comme s’il s’agissait de personnes, par nature, contraires à la loi. Coupables a priori.

Pourtant, la loi belge du 15 décembre 1980 sur l’accès au territoire, le séjour, l’établissement et l’éloignement des étrangers fait simplement référence au fait de « séjourner de manière illégale » et à une « situation administrative illégale ». Rien de plus. C’est donc un abus de langage de dire que l’étranger lui-même est « illégal ».

Les migrants sont d’abord et avant tout des êtres humains. La plupart d’entre eux sont intégrés depuis de longues années dans notre pays. Ils travaillent, exercent des activités profitables à la société, paient des taxes et des impôts, contribuent à la vie économique du pays. Leurs enfants sont scolarisés et une grande partie d’entre eux ont tissé des liens étroits dans nos villes et nos villages.

Aussi, il est insupportable de voir rabaisser ces mêmes migrants au rang de délinquants. Aucun homme n’est « illégal ». Une situation, des actes peuvent être illégaux, mais jamais une personne en tant que telle ! Or, dans la pratique, ceux-ci sont bel et bien traités comme des détenus de droit commun. Incarcérés dans des centres fermés qui ressemblent en tous points à des prisons (barreaux, clôtures de sécurité, cellules d’isolement…). Transportés dans des fourgons cellulaires et menottés pour passer devant la chambre du conseil. Expulsés, quelquefois de force, placés à bord d’avions sécurisés, etc.

Ces « châtiments légaux », comme les nommait Michel Foucault, contribuent à renforcer l’image du « sans-papiers comme délinquant et à justifier le sort qui lui est réservé. Si c’est un »hors-la-loi", pas de problème à tolérer qu’on le traite comme tel.

Les migrations sont un fait vieux comme le monde : aucune frontière, aucun mur, aucune barrière de sécurité aussi haute soit-elle ne parviendront jamais à empêcher des hommes et des femmes de fuir leur terre d’origine pour des motifs politiques, religieux, socioéconomiques ou climatiques. Chaque exil est synonyme d’arrachement et de déracinement.

La question migratoire est complexe et personne ne détient la solution. Mais plus que jamais, il nous faut la repenser dans un cadre plus large en y intégrant, notamment, les enjeux démographiques, les inégalités Nord-Sud et les bouleversements climatiques en cours.

En 2009, 6.439 personnes (dont des enfants) ont ainsi été détenues en Belgique alors qu’elles n’avaient commis aucun autre délit que de ne pas avoir de papiers. Les deux tiers d’entre elles ont été expulsées, les autres relâchées dans la nature. Notre pays a été condamné à quatre reprises en huit ans par la Cour européenne des droits de l’homme pour la manière dont il organise l’enfermement et l’expulsion des étrangers. De nombreux rapports belges et internationaux abondent dans le même sens, critiquant notamment la détention des mineurs pratiquée jusqu’en 2009.

Tout ceci, Olivier Masset-Depasse l’aborde avec force dans son film, Illégal , projeté très prochainement (ndlr. depuis plusieurs semaines) sur nos écrans. Ce film, déjà primé dans divers festivals, est une œuvre cinématographique puissante certes, mais également une démarche éminemment politique, au sens noble du terme, sans dogmatisme ni militantisme de bon aloi.

Aujourd’hui, un débat rationnel et dépassionné autour de cette prétendue « illégalité » des migrants fait cruellement défaut. Le film d’Olivier Masset-Depasse est l’occasion de nous réinterroger sur le sort quotidien que nous réservons aux migrants et à leurs enfants.

Non, les étrangers en situation irrégulière ne sont pas des « illégaux » ! Non, les étrangers en situation irrégulière ne sont pas des délinquants ! Ce sont des hommes, des femmes, des enfants, des familles, qui méritent d’être traités avec humanité. Dans le respect de leurs droits et de leur intégrité.

Nous, citoyens venus d’horizon divers, nous refusons d’être complices d’un système qui enferme et expulse des êtres humains au motif qu’ils sont sans statut administratif.

C’est une question de dignité humaine. Leur dignité tout autant que la nôtre.

Cette lettre, suivie d’une longue liste de signataires du monde universitaire, politique et artistique) sera remise au ministre de l’Intérieur et au secrétaire d’Etat à la Politique de migration et d’asile dans le courant du mois de novembre.

Le Soir du 06/10/2010

Ce film passe encore dans les salles de nos villes. Allez-y. Il en vaut vraiment la peine.



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