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L A V I G E R I E . be

Lignes de fracture N°53 Breuklijnen

Novembre - November 2011
jeudi 1er décembre 2011 par J.V.

 UN MILLIARD D’ESTOMACS GRONDENT EN SILENCE

- Une personne sur sept est victime de la faim !

Dans la presse, le sept milliardième terrien prend les traits, là, d’une petite Philippine Danica May, née à Manille, là, du petit Alexandre né en Russie orientale (Kamtchatka) ou encore d’un autre bébé russe qui a vu le jour à Kaliningrad... Leur naissance est célébrée mondialement et surtout utilisée comme symbole d’enjeux planétaires. Derrière l’impression de grande maitrise de la vie, se cache pourtant une « indifférence glacée » que dénonce à nouveau le virulent Jean Ziegler. Certes, les émeutes de la faim en 2008 avaient agité quelque peu les consciences... Depuis, le silence est de retour.

Avec le livre qu’il vient d’écrire - « Destruction massive. Géopolitique de la faim »  [1] -, Jean Ziegler écume les studios radios et tv, tentant d’ouvrir nos yeux à une réalité si peu glorieuse. D’entrée, les chiffres étourdissent. « Toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim, tandis que des dizaines de millions d’autres - et leurs parents avec eux - souffrent de la sous-alimentation et de ses terribles séquelles physiques et psychologiques ». D’après les estimations de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), près d’un milliard d’êtres humains souffrent en permanence de la faim. Souffrance aiguë, plongée dans la léthargie faute de force, affaiblissement lancinant, vieillissement précoce et - pour certains - décès bien trop rapide, voilà ce qui se vit derrière les chiffres : des hommes et des femmes en grand nombre marqués dans leur chair, qui n’ont pour seule mobilisation quotidienne que l’acquisition d’une nourriture insuffisante à leur survie. Oui, un humain sur sept n’a pas vraiment de quoi satisfaire ses besoins vitaux. [2]

Les récits de l’ancien rapporteur spécial auprès de l’ONU sur le droit à l’alimentation ne manquera pas de toucher le lecteur ou l’auditeur profondément affligé, désarçonné d’abord..., révolté ensuite. Car le constat suivant est sans appel : « Dans son état actuel, l’agriculture mondiale pourrait nourrir sans problèmes 12 milliards d’êtres humains, soit près de deux fois la population actuelle ». A l’inverse de ce que l’on a prétendu longtemps, la croissance démographique n’est pas la vraie menace, dit Ziegler, ni la faim la conséquence nécessaire du fait que nous serions trop nombreux. Il est davantage question de responsabilité morale des pays riches et des industries agroalimentaires, des effets de nos modes d’organisation, de nos choix politiques. Car le monde qui vient d’accueillir le sept milliardième enfant s’enfonce en pleine contradiction, comme le constate le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon : « Nous avons suffisamment de vivres pour nourrir tout un chacun, et pourtant près d’un milliard de personnes ont faim ».

Jean Ziegler dénonce. D’abord les stratégies des quelque deux cents géants de l’agroalimentaire qui contrôlent environ le quart des ressources productives mondiales, et la politique néolibérale qui les soutient. Du commerce des aliments au marché des semences ou des engrais, du stockage au transport, ces multinationales agissent telles des pieuvres dans le domaine. Leur démarche vise à atteindre plus de productivité à la faveur d’une industrialisation croissante. Elles mettent en difficulté - voire éliminent purement et simplement - une flopée d’exploitations familiales et vivrières, renforçant leur puissance et déversant sur le marché des produits hors concurrence avec les petites productions locales. C’est le jeu du marché. Pour en décrire les effets désastreux. Ziegler reprend cette image du ring de boxe où seraient réunis Mike Tison - champion du monde des poids lourds - et un chômeur bengali sous-alimenté. Aux yeux de ceux qu’il nomme les « ayatollahs du dogme néolibéral », la justice est assurée : les gants sont de même facture, le temps de combat égal pour les deux, l’espace d’affrontement unique et les règles du jeu constantes... Mais que peuvent donc de petits agriculteurs contre ces grands consortiums ? Sinon grossir les rangs des « Sans terres ». A cet égard, Jean Ziegler critique particulièrement « les vautours de l’or vert », les trusts agroalimentaires qui dominent la fabrication et le commerce des agro-carburants, et s’accaparent de surfaces cultivables énormes. Leurs exploitations de betterave, canne à sucre, blé, maïs à grande échelle sont censées répondre à la dégradation climatique produite par les énergies fossiles. Elles se révèlent pourtant très coûteuses en énergie et en eau et surtout gaspilleuses en céréales. Pour 50 litres de bioéthanol, il faut 358kg de maïs, soit l’équivalent d’une année de nourriture pour un enfant au Mexique ou en Zambie - des pays où le maïs constitue la nourriture de base. « Réservoirs pleins, ventres vides ! », résume Amnesty International. Quelle est cette inconscience qui domine le marché mondial ?

Périodiquement, au sortir des réunions du G8 ou du G20, les gouvernements donnent à penser qu’ils sont décidés à éradiquer la faim. Des milliards sont promis en ce sens. Apparemment, les paroles s’envolent. A l’Aquila en 2009, le G8 annonçait 20 milliards de dollars, 3 ont été versés à ce stade, tandis que la spéculation sur les denrées alimentaires augmente et accélère le mouvement de montée des prix. Le Programme alimentaire mondial (PAM) et les autres acteurs d’aide sur le terrain de l’alimentation se voient contraints à des choix cornéliens entre dénutris, laissant sur le bord du chemin un bien trop grand nombre de personnes, condamnées.

Il est difficile de croire Jean Ziegler quand il dit de son dernier opus qu’il s’agit d’un livre d’espoir. Il a cette conviction que les mécanismes mis en place par l’homme peuvent être brisés par l’homme. Certainement a-t-il raison, même si on sort de son livre comme cabossé, à ne savoir que faire, à regarder son caddie avec suspicion... Il nous parle de notre mobilisation démocratique, nous rappelle la force de nos votes, nous enjoint à soutenir les mouvements paysans de Ross-Bethio au Sénégal, de la Sierra de Joconda au Guatemala ou de Las Pavas en Colombie. « Partout en Amérique centrale, au pied des volcans de l’Equateur, en Afrique sahélienne et australe, dans les plaines du Madhya Pradesh et de l’Orissa en Inde, dans le delta du Gange au Bangladesh, les cultivateurs, les éleveurs, les pêcheurs se mobilisent, s’organisent, résistent ». Nous ne pouvons rester indifférents.

Catherine Daloze
(in En Marche, publication de la Mutualité Chrétienne de Bruxelles-Saint-Michel, 17-11-2011)
 

- We zullen het met minder moeten doen

"Vandaag wijst niets erop dat spaarders hun geld kwijtspelen. Wie speculatieve aandelen kocht omdat hij snel winst wilde, is zijn geld verloren, dat is juist. Maar wat is daarmee het probleem ? Wie risico’s neemt, kan winst maken of verlies lijden. Dat zijn persoonlijke drama’s. Maar het hoeft toch geen probleem te zijn dat het systeem zich een beetje naar onder toe corrigeert ?

“Staat onze welvaart niet op de tocht ? Wie is vandaag niet bang dat zijn kinderen het met minder zullen moeten doen ?”

Dat is voor mij meer een zekerheid dan een angst… het lijkt me duidelijk dat de komende generaties het in materieel opzicht minder gemakkelijk zullen hebben dan wij. Maar opnieuw : is dat zo erg ? Wij zijn vandaag ongeveer drie keer zo rijk als onze grootouders. Is een lichte collectieve verarming zo’n groot drama, als daar tegenover staat dat miljarden mensen elders het beter zullen krijgen ? Weegt een licht welvaartsverlies op tegen de gelijkere verdeling van de welvaart ?

Bruno De Wever (historicus en broer van -)
(Uittreksel uit “DE STANDAARD” zaterdag 06/11/11)
 

- Soberheid, spiritualiteit en solidariteit als economisch tegengif

De kranten staan vol nullen. Geldbedragen van leningen, schulden, steunmaatregelen. Men leefde boven zijn stand, klinkt het vaak als excuus. Maar wie zijn die ’men’ ? En wie stuurde die ’men’ aan ? Hoe hoger op de ladder van allerlei hiërarchieën, hoe minder persoonlijk alles wordt. Het gaat dan over (de top van) banken, verzekeringsinstellingen, kredietbeoordelaars, de Europese Centrale Bank, Europa. Maar hoe lager op de ladder hoe zwaarder de gevolgen van de crisis doorwegen. Over een systeemcrisis praten is een zaak, de gevolgen ervan persoonlijk ondergaan een andere. Wie boven zijn stand leefde, stond al hoog op de ladder. Vreemd. Succes zou tot soberheid moeten leiden, niet tot de hunkering naar altijd maar meer. Spelen met geld van anderen is een vorm van decadentie. Zoiets werkt bovendien een Matteüseffect in de hand : wie rijk is wordt rijker, wie arm is armer. En dat terwijl enige soberheid niet eens minder rijken zou creëren, want rijkdom zit ook in het hoofd, maar zeker minder armen. Wie de waarde van geld uitsluitend afmeet aan de groei van zijn eigen bankrekening, neemt zoveel risico’s dat die van anderen niet aangroeit en uiteindelijk de zijne ontploft. The sky isn’t the limit. De hemel is niet de plek waar wij thuishoren zolang wij nog in leven zijn. Of anders gezegd : back to earth ! Soberheid is geen verarming, maar vervulling.

Het ontbreken van soberheid en de overvloed aan geldzucht van diverse actoren, zet de volgende vraag op de Europese agenda van vandaag : hoe solidair moeten we zijn ? De EU, ontstaan vanuit een nobele solidariteitsgedachte, wordt daarmee in haar hart geraakt. Er zijn zelfs tekenen van hartcrisis, en dan is het de zaak om prudentia te koppelen aan broodnodige daadkracht.

Solidariteit is gemakkelijk in tijden van economische welvaart en zorgenloosheid. Maar in tijden van crisis doet ze altijd een beetje pijn. Solidariteit is daarom alleen mogelijk wanneer we haar zelf voelen, en wanneer we de zwakkere niet tot zondebok maken, of hij nu uit Calabrië, Griekenland of Wallonië komt.

Maar kunnen wij wel voor soberheid kiezen, en durven wij nog solidair zijn ?

Onderliggend aan soberheid en solidariteit is de inspiratie of motivatie daartoe : spiritualiteit. Daarmee verwijzen we niet naar een vluchtroute voor softies, en evenmin zoeken wij uitsluitend soelaas bij georganiseerde kerken. Wel verwijzen we naar een van de wortels van het Avondland, namelijk het christelijke gedachtengoed, dat vaak werd misbruikt maar ons tegelijk verschillende waarden heeft aangeleverd die ondertussen tot het beste van ons culturele erfgoed behoren. Denken we maar aan naastenliefde, respect voor de waardigheid van het leven in ieder stadium ervan, aandacht voor zwakken en kanslozen, de durf om tegen de stroom in te gaan.

Gedreven door dergelijke spiritualiteit doen we een oproep om in alle sectoren van het leven soberder te worden, wat niet wil zeggen dat het leven minder aangenaam of prettig wordt of dat we geen champagne meer mogen drinken. Soberheid heeft immers te maken met tevredenheid over wie men is en wat men heeft, in plaats van ontevredenheid over men niet is of wat men nog niet heeft. Zo’n oproep gaat hand in hand met een appel tot solidariteit : niet alleen de eigen spiegel, buik en portemonnee is van belang, maar ook het welzijn van anderen. Niet meer dan het onze, dat vraagt niemand, soberheid is geen armoede en solidariteit verschilt van zelfverloochening. Niet meer dus, maar ook niet zo gek veel minder. In die zin : ware soberheid en solidariteit zijn niets gebaat met een spiritualiteit die melig of zeperig is.

In het evangelie spreekt Jezus in zijn bergrede over drie opdrachten : het geven van aalmoezen (solidariteit), het vasten (soberheid) en het bidden (spiritualiteit). Drie werkwoorden. Nu we op verschillende domeinen in een dal zitten, is het geen slecht idee om de berg weer te bestijgen. Want waar de drie S-woorden werden weggehoond, ging het al gauw bergaf.

Rik Torfs, Bianca Debaets en Jürgen Mettepenningen
(Werkgroep Politiek en Zingeving van CD&V)

(in De Morgen, woensdag 2 november 2011)
 

[1Editions SEUIL

[2« A Paris. Genève ou Francfort, une ménagère dépense en moyenne 10 à 15 % du revenu familial pour acheter la nourriture. Dans le budget d’une femme des smoky mountains de Manille, la part de nourriture occupe 80 à 85% des dépenses totales ».

[3Pierre Péan, Noires Fureurs, blancs menteurs. Rwanda 1990-1994, Ed. Mille et Une Nuit, 2005, 544 pages.

[4Ndlr. Notez que pour les cas 1, 2 et 4, l’auteur affirme seulement que le chef d’accusation d’avoir planifié et programmé le génocide n’a pas été retenu contre les accusés. Ils doivent pourtant répondre d’autres chefs d’accusation.

[5Bernard Lugan, Rwanda. Contre-enquête sur le génocide, Ed. Privat, 2007, 330 pages. B. Lugan est aussi l’auteur de Histoire du Rwanda, des origines à nos jours (Ed. Bartillat, 1997), Rwanda : le génocide, l’Eglise et la démocratie (Ed. du Rocher, 2004) et de plusieurs livres sur l’histoire de l’Afrique.


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