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L A V I G E R I E . be

EXÉGÈSE ET NON-VIOLENCE (2)

samedi 3 septembre 2011 par J.V.

« Je vous dis de NE PAS RÉSISTER AU MÉCHANT. » (Mt 5, 38 - 42)

Face à la violence au quotidien, Jésus demande la renonciation à la violence. Le Sermon sur la Montagne est très explicite, sans équivoque possible sur les intentions de Jésus.

38 Vous avez appris qu’il a été dit : oeil pour oeil, et dent pour dent. 39 Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre. 40 Si quelqu’un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. 41 Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui. 42 Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi.

Remontons la pente de la violence, comme en crescendo, en commençant par la dernière, la plus légère :

1) A qui veut t’emprunter, ce n’est pas une injustice, mais c’est désagréable car on n’était pas sûr de se faire rembourser, la Loi prescrivant de ne pas demander d’intérêts. Et pourtant, ne te détourne pas .
De la même façon, si quelqu’un te demande, c’est peut-être un mendiant. On sait combien les mendiants sont nombreux et tenaces en Orient. Celui qui supplie devient pénible, insistant (casse-pieds, dirions-nous) et pourtant Jésus dit : donne .

2) A celui qui te presse de faire un mille, fait allusion à l’occupant romain. Le texte grec emploie le verbe “aggareuo”, terme technique pour traduire l’extorsion de corvées et de services par une puissance occupante. Accompagne-le sur deux .

3) A celui qui veut te faire un procès pour t’ôter ton vêtement : il s’agit probablement d’un pauvre qui ne possède qu’un vêtement et un unique manteau. La loi (Ex 22, 25ss) précise qu’on ne devait pas prendre le manteau, car il servait à se protéger du froid la nuit. Et pourtant, Jésus dit : donne aussi ton manteau . Pourquoi ? Jean Lasserre interprétait cette demande comme une pointe d’humour (arme non-violente) : en donnant son manteau, ce pauvre, maintenant nu, fait honte à son accusateur qui le traîne devant le tribunal pour une vétille, le prix de son unique tunique usagée.

4) A celui qui te gifle sur la joue droite, c’est le cas le plus grave dans l’escalade de ces violences au quotidien dont les trois premières étaient des violences masquées. Recevoir une gifle sur la joue droite est un véritable affront en Orient. Elle est donnée de face avec le revers de la main ; elle ne peut être cachée. C’est une provocation à la riposte. Jésus déclare : tends aussi l’autre . Ce n’est pas de la passivité, de la soumission. Au contraire, pour ne pas riposter par la violence, il faut une certaine maîtrise de soi qui requiert un grand entraînement [1]. De plus, le gifleur ne peut plus donner un coup du revers de la main et cela l’oblige à prendre conscience de son geste précédent. Jésus nous invite à nous placer sur un autre plan que celui de la contre-violence, car la vérité ne peut s’imposer que par des actes de vérité (Jn 18, 37 ; 8, 37).

En donnant ces exemples vécus, Jésus veut nous faire bien comprendre que la spirale de la violence doit être stoppée par une attitude qui pousse l’adversaire à réfléchir, qui ouvre sa conscience, ce qui, peut-être, le retournera, le convertira. Jésus cherche, en toute situation de conflit, l’accord véritable venant d’un cœur libre et aimant, jamais obtenu par lâcheté ou par la violence ou par la privation de liberté. C’est toujours un appel à noyer la mal dans le bien, à casser la spirale de la violence par le pardon (77 fois 7 fois), à ne pas se venger, à ne pas juger, car en tout, il s’agit de ressembler au Père (Mt 5, 48).

(Alfred Bour, Jésus dans la spirale de la violence,
in Cahiers de la Réconciliation, 1992/2, p.5-6.
Il s’inspire de G. Lohfink, L’Eglise que Jésus voulait, Cerf, 1985, p.59-65.)
 



COMMENTAIRE

Chaque être humain a une conscience.

Chaque être humain peut changer, se corriger, se convertir. Et cela reste vrai pour les plus grands criminels (d’où notre opposition radicale à la peine de mort). La lutte non-violente se place donc essentiellement sur le plan de la conscience : il s’agit de détromper l’adversaire, de le convertir, de le gagner à notre cause. Non pas vaincre, mais convaincre . Vaincre l’injustice, en libérant aussi bien les oppresseurs que les opprimés. Dans la lutte non-violente on ne confond jamais les personnes avec les actes qu’elles posent. L’homme est toujours plus grand que le mal qu’il fait. Quoiqu’il fasse, il reste créé à l’image de Dieu et sauvé par Jésus Christ. Dans la lutte violente, on identifie l’adversaire au mal qu’il fait et on est prêt à le tuer pour supprimer l’injustice. Dans la lutte non-violente, les malfaiteurs sont inclus dans le processus de libération. On regarde l’adversaire exactement comme Dieu regarde le pécheur et nous savons qu’Il n’en laisse jamais tomber un seul

Nelson Mandela, vers la fin de son livre “ Un long chemin vers la liberté ”, écrit : “J’ai toujours su qu’au plus profond du cœur de l’homme résidaient la miséricorde et la générosité. Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau ou de son passé ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, on peut leur enseigner aussi à aimer, car l’amour naît plus naturellement dans le cœur de l’homme que son contraire. Même aux pires moments de la prison, quand mes camarades et moi étions à bout, j’ai toujours aperçu une lueur d’humanité chez un des gardiens, pendant une seconde peut-être, mais cela suffisait à me rassurer et à me permettre de continuer. La bonté de l’homme est une flamme qu’on peut cacher, mais qu’on ne peut jamais éteindre” [2]

Toute la pédagogie du Christ est basée sur l’interpellation de la conscience de ses interlocuteurs, vise à les responsabiliser, à en faire des hommes et des femmes debout. Pensez à Zachée, à la femme adultère, aux discussions sur le pur et l’impur, à la formation patiente de ses disciples.

La base de cette pédagogie est le respect fondamental de Jésus pour chaque être humain, à cause de sa valeur irremplaçable. « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40).

Jef Vleugels
 

[1A son procès, Jésus a mis en acte cette parole. A la gifle du soldat, non seulement il a tendu l’autre joue en lui faisant face pour lui répondre, mais il l’a provoqué en lui disant une parole de vérité : “Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal, mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ?” (Jn 18, 22-23) Le récit ne dit pas que le garde l’a frappé une nouvelle fois ; il devait être confondu par cette parole de Jésus.

[2Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté, Fayard, 1995, p.643.


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