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L A V I G E R I E . be
Algérie

La reprise.

dimanche 2 août 2015 par Jan Heuft, Webmaster

J’étais en prison, et vous êtes venus vers moi. Mt 25, 36

Après un arrêt de plusieurs années, j’ai repris « mon bâton de pèlerin » pour rendre visite aux étrangers chrétiens qui se trouvent enfermés dans des maisons de détention pour une plus ou moins longue durée. Il y a 5 ans, que mes visites aux détenus prirent fin avec la libération d’un néerlandais que j’avais fidèlement visité pendant 17 ans. Malgré la durée, que de moments d’espoirs et de désespoirs partagés me restent comme souvenir ! Que de regrets, de solitudes et de souffrances exprimées durant ces nombreux entretiens.

Dans cette période je visitais également d’autres détenus, des européens, des africains et même des chinois. Parfois ils étaient plus de 80 rassemblés dans une seule salle ! Il arrivait que je fusse chargé, d’animer une séance de prières et des chants en au moins 3 langues différentes. Ces célébrations représentèrent de moments d’intense communion, Dieu y était vraiment présent. J’en revenais chaque fois très bouleversé dans mon fort intérieur. Le lendemain de ces visites, dans la classe, mes élèves « sourds–muets », bons observateurs, me sentaient changé et posèrent des questions sur ce que j’avais vécu la veille. Eux aussi vivent souvent des moments d’isolement, d’incompréhensions et de rejet.

Pour arriver à ces établissements de détention il fallait quelquefois traverser des régions où régnaient l’instabilité et un jour ma voiture fut molestée avec des boîtes de tomates concentrées jetées par des populations mal logées en colère contre les autorités, suite au grand tremblement de 2003. Une autre fois je passais entre un groupe de terroristes d’un côte et l’armée régulière de l’autre. Mais il m’est arrivé aussi de tomber en panne où immédiatement un groupe de villageois est venu pour me protéger et pour me dépanner.

L’accueil dans ces établissements fut toujours très chaleureux. Ce qui me faisait beaucoup de peine, c’était l’extrême dépendance de ces prisonniers de leurs gardiens. D’autre part je me rappelle, avec beaucoup d’émotion, une veillée de Noël où à minuit, le directeur a appelé un détenu chrétien pour fêter ensemble, avec lui, cet évènement familial de paix et de bien être, en lui offrant une bûche de Noël.

Il y a plus d’un an que je devrais reprendre ce bel apostolat, mais l’assassinat du randonneur français, Hervé Gourdel, ne me permettait pas de retourner dans une région où les conditions de sécurité n’étaient guère satisfaisantes. D’autant plus que c’est une région montagneuse que je connais parfaitement bien pour y avoir passé jadis de très agréables moments avec des jeunes étudiants algériens et mes élèves sourds et muets.

Mais voilà le moment opportun arrivé ce dimanche. La nouvelle autoroute Est – Ouest d’Algérie y mène et est certes très belle mais pleine de surprises dangereuses par le fait, semble-t- il, que tout l’argent nécessaire à sa construction, n’y ait pas été investi. Du coup il y a des endroits extrêmement dangereux où des travaux de réfections sont exécutés. La prudence dans la conduite et un certaine retenue dans la vitesse y sont de mise pour être sûr d’arriver entier à destination !

Après environ deux heures je suis arrivé à une ville rurale d’environ 60 000 habitants où il y régnait une bonne ambiance de ramadan dans une chaleur étouffante. Je me dirigeais directement vers la prison. Malheureusement pour moi, à un certain moment les égouts avaient éclaté et il y avait une déviation plus ou moins bien indiquée. Au bout de trois quarts d’heure je me suis trouvé, tout seul, sur un petit chemin en plein champ de maïs, ce qui n’est pas très conseillé au niveau de la sécurité ! N’ayant pas de choix, et après « quelques pincements de cœur » j’ai continué ma route et je me suis retrouvé devant le grand portail d’une prison. Un agent de police, à moitié endormi par la chaleur et le ramadan, m’a fait comprendre que ce n’était pas la bonne prison mais qu’il fallait s’adresser à un autre établissement 10 km plus loin en sens opposé !

Courageusement je reprenais la route m’obligeant de traverser la ville dans toute sa largeur. Entre temps la température était montée à 38 ° et le climatiseur dans ma voiture tournait à plein régime ! Arrivant au centre-ville, je me suis permis de redemander la direction à un agent de police un peu débordé par la circulation intense du mois de ramadan. Le brave homme n’en pouvait plus et avec des grands yeux et une casquette de travers sur sa tête il me suppliait de continuer ma route : « S’il vous plait Monsieur, j’en peux plus, j’ai soif et faim, il fait chaud, circulez ! »

Je me suis quand même arrêté plus loin. Au bout de quelques minutes il s’est approché de ma voiture, a mis sa tête, pleine de sueur et la moitié de sa poitrine, par la fenêtre, m’a souhaité « bon appétit et bon ramadan, m’a indiqué la route et a fini par m’embraser ». J’ai repris la bonne direction, naviguant entre les cageots de raisins, de fèves et des piétons avec de grands chapeaux en pailles.

J’ai fini par aboutir sur une grande rotonde, décorée d’une fontaine sans eau et de grands pigeons en ciment. Pour éviter de me tromper j’ai accosté un vieux monsieur, assis sur un banc en sortant mon arabe le plus parfait possible, je lui ai demandé la route. Lui se levant, avec un grand sourire en parfait français, comme souvent en Algérie, m’a répondu qu’il fallait aller toujours tout droit !

Après une quinzaine de minutes je me suis trouvé, devant une prison flambant neuve. Les formalités d’entrée ne prirent pas beaucoup de temps et je rentrais dans une immense allée qui menait directement au quartier central de l’établissement. Marchant d’un pas alerte, de bonne humeur, en vérifiant les différentes autorisations en langue arabe et française, je n’avais pas vu que deux énormes rails de chemin de fer étaient moitié cachés dans le sable de l’allée afin d’empêcher les éventuels terroristes de faire une attaque frontale. Eh bien, pour moi cela fut un coup fatal ! Je fis une chute de tout mon corps et en me levant il y avait du sang partout. Finalement le directeur m’a soigné dans son bureau en badigeonnant avec du mercurochrome partout ce qui me donnait un aspect comme si j’ai pu, moi-même, échapper de justesse à une attaque terroriste.

Tout cela m’a donné finalement une opportunité de rentrer en discussion avec le directeur et le personnel de la prison pendant plus d’une heure et demie. Evidement, pendant ce temps de ramadan, l’Islam et le Christianisme incitent à une sorte « d’étude comparée entre les deux religions » mais d’une manière bienveillante et nous sommes arrivés à une proposition de poser à la bibliothèque de l’établissement, trois bibles à la disposition de tous les détenus.

Après tous ces périples j’arrivais enfin au but de mon déplacement : La rencontre avec les détenus étrangers et peut être chrétiens. Il s’agissait d’un européen et cinq subsahariens. L’européen m’attendait depuis plus d’une heure dans le parloir et se montrait vraiment heureux de me rencontrer. Il avait le privilège de pouvoir prendre ses 3 repas durant la journée dans un local réservé pour lui, pendant ce mois de ramadan. Par contre il n’avait pas obtenu une grâce présidentielle pour la fête de l’indépendance du 5 juillet. Il lui reste environ 20 ans à faire ! Comme il a déjà 63 ans, sans une réduction de peine, il sortira en tant que vieillard. Malgré cela, notre entretient fut assez détendu et joyeux. Les 5 subsahariens étaient bien plus jeunes et avaient, de surcroit tous obtenu 13 mois de grâce et il ne leur restait qu’un an à faire. Vus cet écart d’âge, et de situation, il m’a semblé astucieux de la part de la direction, de rencontrer l’européen et les subsahariens séparément.

Les deux groupes ont beaucoup apprécié ma visite parce que l’isolement est quand même pesant et le passage d’un aumônier permet de briser un peu la monotonie de l’existence et de parler des problèmes quotidiens..

Je reviens de cette visite satisfait du contact avec la population locale, la relation avec le personnel et les entretiens avec les détenus. Tout cela donne bien, à nous personnellement, sens à notre vie et à notre vocation. Ces rencontres permettent aussi de construire des ponts entre des cultures et des situations différentes.

J’y retournerai bientôt avec plaisir..

  Alger, le 31 juillet 2015
Frère Jan Heuft, pb

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