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L A V I G E R I E . be
Kenya

Étincelles au paradis

Interview du P. Roger Tessier M.Afr.
lundi 28 janvier 2008 par Webmaster

Devenue l’une des principales destinations touristiques de l’Afrique, le Kenya, idyllique du moins du point de vue occidental, s’est transformé en terre de violences ces dernières semaines.

Ce fut une surprise pour plusieurs observateurs, comme pour les Kenyans eux-mêmes. « Personne n’avait vu venir cela », affirme sans hésiter le Père Roger Tessier, Père Blanc d’Afrique, présent sur le continent africain depuis les années ’70 et au Kenya depuis les années ’80. Selon lui, « s’il n’y avait pas eu de « tricherie » dans le décompte des votes, ça ne serait pas arrivé ».

L’AED l’a interviewé pour en savoir davantage sur la situation dans ce pays de l’est de l’Afrique.

Problème ethnique ?

Oui, il y aurait effectivement un problème ethnique, selon le père Tessier. Chaque année l’Église catholique revient sur cet élément dans ses campagnes organisées pour le Carême. Une question ethnique qui est souvent exploitée par le milieu politique pour soutenir ses idées. Les Églises et de nombreuses organisations non gouvernementales se battent contre cela depuis des années. Par le biais de nombreuses campagnes et des sessions organisées pour essayer « d’inciter à la réconciliation mais aussi avoir une façon positive de voir l’autre de l’autre tribu. »

Par ailleurs, un journaliste kényan avait écrit durant les élections : « Les Kényans ne sont pas tribalistes mais les politiciens utilisent le tribalisme à leurs fins. » Le Kenya est composé de plusieurs ethnies (ou tribus) mais trois d’entre-elles dominent le paysage ; les Kikuyus (ethnie du président Kibaki) ; les Luyah et les Luo (ethnie du principal chef de l’opposition, Raila Odinga). Le pays compte en tout plus de quarante tribus de diverses importances. Lors de la dernière élection, deux provinces ont voté en masse pour le président sortant et les six autres ont, dans l’ensemble, voté pour l’opposition.

Si le problème ethnique joue, il n’est pas le seul élément déclencheur, affirme le prêtre qui est originaire d’Hochelaga-Maisonneuve (Montréal, Québec). « L’élément économique joue si vous incluez dans les villes les gens des bidonvilles qui sont sans emploi, du moins sans emploi régulier, et l’exode massif par manque de terre », indique-t-il. Les populations montent vers les villes pour y trouver un emploi. Le pays ne compte que 18 pour cent de terres fertiles, une donnée qui a son importance dans les dernières violences. « Dans les campagnes où il y a eu des nettoyages ethniques, (le père parle même de ‘mini-Rwanda’), cela est souvent causé par des problèmes de terres, de fermes. Il y a eu un certain nombre de gens qui ont acquis des terres normalement mais, d’une certaine façon, les gens de la région se sentent dépossédés », indique le missionnaire québécois. Ils tentent alors de reprendre des terres qu’ils considèrent comme leurs.

Les violences sont aussi le fruit de la pauvreté et de l’espoir de changement suscité par les élections législatives. « Des gens, qui espéraient qu’avec un nouveau régime ils auraient une chance d’accéder à une meilleure situation de vie, ont été très déçus à ce sujet », estime le Père Tessier.

Que font les Églises ?

Face à cette violence, les Églises se mobilisent. Dimanche, le 20 janvier dernier, les catholiques étaient invités à prier pour la paix. Déclarations épiscopales et aide aux personnes vivant la tragédie du déplacement ou la perte d’un être cher sont autant d’avenues empruntées par les chrétiens afin de répondre à l’urgence.

« Je pense à Eldoret (à 350 km au nord de Nairobi)…où il y a environ 10 000 réfugiés sur le terrain de l’église », témoigne le père Tessier. « Un confrère allemand, médecin de formation, a organisé une équipe d’environ 40 personnes pour aider ces gens qui souffrent et qui sont traumatisés par les événements. Une aide psychologique mais également matérielle leur est offerte. »

Le père Tessier espère beaucoup en la médiation internationale qui se met en place et que les Églises appellent de tous leurs vœux. Une médiation formée d’anciennes têtes dirigeantes : l’ex-président de la Tanzanie, Benjamin Mkapa et Koffi Annan, ex-secrétaire général de l’ONU. Graça Machel, l’actuelle épouse de Nelson Mandela, ex-président de l’Afrique du Sud, fait également partie du groupe.

Un mot-clé : prier

Le Père Tessier met également son espérance dans la prière. « Le mot clé, avec toutes les autres activités d’aide directe aux victimes de violence, c’est le mot prier. » Il insiste : « Il faut prier, prier encore plus fort. Il faut avoir foi en la prière. »

Un appel qu’il lance aux chrétiens d’ici pour que cette force multipliée permette de trouver une solution à l’impasse politique actuelle qui crée de si graves problèmes dans ce pays dont la devise est « Harambee », mot swahili qui veut dire : « Travaillons ensemble ».

Interview réalisée le 18 janvier 2008
par Mario Bard, Journaliste de L’Aide à l’Eglise en Détresse (AED)
pour Radio-Ville-Marie, radio oecuménique du Québec.
com@acn-aed-ca.org

 
L’Aide à l’Eglise en Détresse (AED) est une association catholique internationale qui a pour mandat « le service de la charité fraternelle envers les Eglises locales les plus souffrantes et nécessiteuses ». Fondée par le Père Werenfried en 1947, elle aide spirituellement et matériellement l’Église en détresse dans plus de 130 pays.
 
 

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