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Lignes de fracture N°108 Breuklijnen

Janvier-Février / Januari-Februari - 2017
vendredi 24 février 2017 par Jef Vleugels

 MIGRANTS

« L’Europe commet un génocide en Méditerranée »

  Des années durant Leoluca Orlando a combattu la maffia, mais maintenant le flamboyant maire de Palerme se bat pour une gestion généreuse de la crise migratoire.

Alors que les politiciens qui s’opposent à l’arrivée des migrants calculent leurs chances, ce maire dort la nuit avec son iPad sous l’oreiller, afin de pouvoir se dépêcher au port pour y accueillir à bras ouverts les réfugiés et autres chercheurs de fortune venus d’Afrique.

Interview (extraits)

L’afflux des migrants a-t-il fortement augmenté depuis que l’Europe a conclu un accord avec la Turquie et que la route des Balkans a été bloquée ?
Oui. En ce moment l’Italie est pratiquement la seule porte d’entrée de l’Europe, le seul pays membre de l’UE qui accueille les migrants dès leur arrivée. L’accord avec la Turquie ne fonctionne pas. Les dernières deux années 400.000 migrants sont arrivés sur notre île. On n’a pourtant signalé aucun cas de racisme. Ces gens sont les bienvenus ici. Mais le contraste est énorme entre l’attitude de la Sicile et le reste de l’Europe.

Est-ce que vous vous rendez toujours au port de Palerme pour accueillir personnellement les migrants sauvés en mer ?
Dès qu’un bateau arrive au port, je me tiens au quai. Quand il s’agit de l’accueil initial, les prévisions sanitaires, la collaboration entre la Croix Rouge, la Caritas et les services urbains font du port de Palerme un modèle de civilisation. Tout est parfaitement organisé pour accueillir les migrants comme des êtres humains, non pas comme des criminels. Je les salue et je leur dis : “Soyez contents d’être en vie. Oubliez le passé, votre avenir se trouve ici. »

Un jour l’Europe aura des comptes à rendre de ce génocide, d’avoir laissé périr en Mer méditerranéenne des masses de réfugiés. Même des réfugiés politiques au sens strict n’ont pas la possibilité d’exercer pleinement leur droit d’asile, c’est criminel. Un Syrien, qui a droit d’asile mais ne dispose pas d’un visa, n’a pas le droit d’acheter un billet d’avion. Tout ce qu’il peut faire c’est de payer un passeur d’hommes et risquer sa vie. Ce n’est qu’après avoir survécu à une traversée meurtrière qu’il obtient un permis de séjour en Europe. Pourquoi l’Europe n’est-elle pas capable d’ouvrir dans une vingtaine d’aéroports et une dizaine de ports importants des postes de police pour accueillir les personnes arrivant de la Syrie par avion ou par bateau ? Plusieurs milliers de personnes ont été massacrées – elles ne sont pas simplement mortes, mais massacrées – par cette stupidité.

La suppression du permis de séjour est pour vous un signe de progrès et de civilisation ?
Justement. Voilà pourquoi Palerme, contrairement à ce que pensent certains, se trouve, non pas à la périphérie ou la frontière externe de l’Europe, mais au centre de l’Europe, car nous sommes son avenir. Les Palermitains ne sont pas les derniers des Mohicans, ils incarnent la prophétie d’un nouveau monde.

Vous avez beau dire, diront certains : nombre de migrants ne restent pas en Italie, mais continuent vers le Nord de l’Europe.
Je me permets d’en douter. Je suis le tuteur de pas moins de 1200 enfants migrants qui se trouvent à Palerme sans leurs parents. D’après la loi italienne le maire est légalement responsable des mineurs d’âge qui se trouvent dans sa ville. Il est de mon devoir de leur procurer un logis, de les nourrir, de les envoyer à l’école et de prendre soin de leur santé. Mais je ne m’en plains jamais. Car si je rouspétais, les Italiens rouspèteraient aussi. Un maire a un rôle pédagogique fort important.

Au fond qu’attendez-vous de l’Union Européenne ?
Je souhaiterais que l’Europe redevienne elle-même. Aujourd’hui l’Europe n’est plus l’Europe. Le vrai danger n’est pas qu’un pays quitte l’Europe, mais que l’Europe quitte l’Europe. Quel côté l’Europe choisira-t-elle : celui des droits de l’homme, dont elle est le berceau, ou celui des populistes, des dirigeants autocratiques et des puissances financières ? Si un jour l’Europa était réduit à ne plus être qu’un lieu de rencontres de banquiers, je plaiderais pour un exit italien.

Nous devrions être reconnaissants envers les migrants. Eux au moins donnent un visage humain à la globalisation, qui sans eux n’offrirait qu’un triste spectacle.

Les migrants jouissent-ils du droit de vote à Palerme ?
Non, car malheureusement il s’agit là d’une compétence nationale. En attendant un changement de la loi, Palerme n’en est pas moins la seule ville au monde qui compte un conseil communal de migrants, qui sont tous élus directement et démocratiquement. Ce conseil représente la communauté des migrants et est consulté par l’administration de la ville. Il est composé de 21 membres, dont 9 femmes, et l’actuel président est aussi une femme. Une leçon pour le monde politique italien (sourit). Le jour où le président sortant de ce conseil, un nommé Adam, médecin venu de Palestine, a été engagé par un des hôpitaux de la ville, j’ai dit aux journalistes : “Je suis content qu’il ait pu prendre la place d’un médecin palermitain incompétent qui devait sa nomination à un politicien palermitain incompétent.” L’Italie a besoin de migrants pour en arriver à ce que le mérite devienne le critère principal et non plus le népotisme.

  KNACK, 18 januari 2017
(extraits traduits par la rédaction)

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