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L A V I G E R I E . be
R.D. Congo

Terreur dans l’est du Congo

Ivan Godfroid 21/10/2014 in MO°
vendredi 31 octobre 2014 par F.D. (Traduction), Webmaster

Perspectives douloureuses pour le Congo en 2015. Tout recommence... !

  TOUT LE MONDE DOIT LIRE CE TEXTE... !
Salutations de Bukavu,

André Thijs

 

Lire, en néerlandais, sur MO°

On peut difficilement comprendre à quoi sert cette violence aveugle contre les civils. Mais je vais essayer.

Des patrouilles de jeunes veillent toute la nuit autour de feux de pneus
  La radio est un moyen volatil. C’est connu. Ce matin je voulais commencer à exposer mes vues sur la nouvelle insécurité dans l’Est du Congo, après une introduction concernant la situation aux alentours de Beni, mais cela s’avéra tout de suite la fin de l’interview. Heureusement il reste MO* pour apporter quelque approfondissement.

Ce que je racontais à la radio de la cruauté inhumaine des trois récents carnages d’innocents civils était donc vrai. La plupart des victimes sont des femmes et des enfants, même des bébés. Au nom du ciel, qu’est-ce qui peut bien expliquer une telle cruauté, sinon de vouloir désarticuler complètement la société.

Personne ne sait avec certitude s’il s’agit ou non de rebelles ADF-NALU. Ca se pourrait, car les cris de victoire de l’armée officielle au mois de mars sonnaient un peu creux. Des centaines de soldats y ont perdu la vie, sans que Kinshasa ose l’avouer. Des camps de rebelles ont été démantelés, certes, mais ils ont simplement été chassés vers les forets de la Province Orientale où ils peuvent à nouveau se réorganiser.

Un Congo genre Orwell

Représailles aveugles après leur défaite militaire ? C’est possible. La violence appelle la violence. Auparavant ce n’était pas leur style. Ils se contentaient surtout d’enlèvements, car ils acquéraient ainsi dans leurs camps des expertises qu’ils n’avaient pas. Des médecins, des infirmières, des enseignants, beaucoup de paysans, mais même des prêtres étaient obligés d’y travailler. Preuve que leur noyau de rebelles islamiques ougandais s’est enflé de recrues locales non musulmanes.

Il se peut que la violence ait des objectifs plus cachés, que nous n’arrivons pas à comprendre. Beaucoup de Congolais ont collaboré durant des années avec les rebelles pour les approvisionner en nourriture, boissons, bois de chauffage, vêtements. Après la grande offensive militaire qui les a chassés, leurs complices ont mis l’argent dans leur propre poche, pensant que personne ne le réclamerait. Alors serait venue la vengeance. Cela expliquerait l’assassinat de familles entières. Des familles de collaborateurs.  
Les corps des victimes sont rassemblés, le matin, après le massacre.

Mais peut-être devons-nous chercher d’autres explications. Dans ce Congo du genre Orwell, c’est toujours intéressant d’avoir de solides ennemis et même de leur donner un petit coup de main. Ca aide à détourner l’attention de ses propres responsabilités. Ce n’est pas un hasard si cette flambée de violence coïncide avec le procès des meurtriers du colonel Mamadou Ndala, un héros populaire, qui fut assassiné début janvier un peu au nord de Beni. Son successeur, le général Lucien Bahuma, est lui aussi décédé depuis lors dans des circonstances mystérieuses. Et un des principaux accusés au procès, le chauffeur du colonel Ndala, est mort le deuxième jour du procès, après avoir été interrogé durant des heures. Personne ne doute qu’on lui ait imposé le silence. Il est toujours utile de rappeler combien ces rebelles ADF-NALU sont dangereux. Est-ce simplement une mise-en-scène de la part de l’armée ? Ici beaucoup de gens le pensent.

Héros et contrebandier

Aujourd’hui au procès Ndala, a lieu l’interrogatoire d’un général musulman. Il est accusé d’avoir fourni des uniformes militaires aux rebelles et d’avoir recruté des jeunes musulmans à Goma, même dans sa propre famille. Une de ses femmes aurait même été mise à l’ouvrage chez les rebelles. Encore une mise-en-scène où l’autorité congolaise excelle ? L’homme en question dénie catégoriquement.

Ce qu’on dit, c’est que colonel Mamadou était impliqué personnellement dans une grande contrebande d’essence, comme tant d’autres militaires haut placés. Qu’il n’aurait pas joué le jeu de façon régulière, et qu’il aurait donc été éliminé par ses propres collègues. Je peux fort bien comprendre que Kinshasa n’aime pas voir venir tout cela à la surface et invente donc n’importe quoi pour détourner l’attention.

La question clé

C’est là que nous étions arrivés ce matin à la radio. Aurait du suivre la question intéressante pourquoi dans tant d’autres provinces on voit apparaître à nouveau diverses formes de violence. Et j’aurais du arriver au cœur de mon raisonnement.

Le Congo s’abîme dans une crise gigantesque de confiance. C’est un cancer qui a commencé à se développer lors des élections de 2011. Tout le monde pensait encore alors : tournons la page, passons encore les cinq ans du deuxième et dernier mandat du « président mal-élu », et nous pourrons penser ensuite à un nouvel avenir. Cela a apporté un calme relatif, grâce à la sagesse de la population et son désir de paix. Mais est venu le revirement.

Personne ne doute encore que Kabila fera changer la constitution pour s’ajouter un troisième mandat. Kinshasa communique à ce sujet avec toujours moins de détours. Mais une telle prévision ne sied qu’aux barons du régime. Pour la majorité de la population, en particulier à l’Est du Congo, c’est aller trop loin. Imposer un troisième mandat à la population c’est donner la preuve que Kabila fait passer ses intérêts personnels avant ceux de la nation. Sans aucun doute, cela précipitera le pays dans de nouvelles divisions, qui peuvent dégénérer en une nouvelle guerre civile. Le régime s’y avance les yeux fermés. Ne le voit-il pas ? Ou au contraire, le recherche-t-il ? Au fond, cela n’importe plus : dans tous les cas cela finira mal pour les gens. La population n’a qu’à s’y préparer.

Et cela ne finit pas !!!

Ajoutez-y une série interminable d’incidents qui ne peuvent s’interpréter que comme un mépris total de la part des détenteurs du pouvoir envers la population.

Quelques exemples

  • Samedi soir à Butembo plus de trois cents prisonniers se sont enfuis de la prison de Kakwangura, sans doute avec la complicité des gardiens, payés par ceux qui ont besoin de bandits pour grossir leurs milices. Personne n’ose plus sortir le soir. Les autorités ne peuvent plus garantir la sécurité des gens. Les soldats qui devraient combattre les rebelles, ne sont plus payés depuis trois mois. L’Union Européenne a essayé durant des années d’améliorer la chaine de paiement de leur solde. Mais à peine le projet était-il mis en place, que déjà les gros bonnets recommençaient à voler la paye de leurs hommes.
  • Les fonctionnaires ont appris que leur salaire ne serait plus payé à la banque, alors qu’auparavant cela avait été acquis. Cette opération coûterait trop cher aux banques. Donc : retour au payement cash. Ce qui signifie que quelque chose restera collé à toutes les mains par où passe l’argent. Réaction typique d’une atmosphère de fin de régime : prenons encore ce qu’on peut, tant que ça dure.
  • Dans n’importe quelle nation au monde où 80 civils ont été assassinés, le chef de l’Etat se rendrait immédiatement sur place pour encourager la population et exprimer ses condoléances. Au Congo, c’est le chef de la Monusco qui va consoler les proches. En ricanant les Congolais disent : on voit bien qui est le véritable président de ce pays. Kabila a trop peur de venir ici. Le ministre de l’Intérieur et 11 députés sont venus sur place. A son arrivée, le premier mot du ministre a été : « Nous ne venons pas ici pour rigoler » ! Question de tact…
  • A Butembo la direction de la ville et de la police a introduit une nouvelle taxe sur le port du casque sur les mobylettes, ce qui a provoqué des journées de troubles auxquelles la police a réagi avec des tirs et du gaz lacrymogène. Jusqu’où ira-t-on dans l’exploitation des gens ?
  • Après une première attaque au Nord-Kivu, le colonel Mundos avait appelé les milliers de fugitifs à revenir dans leurs villages. Il disait que l’armée veillait et garantissait la sécurité. Tout de suite après, il y a eu deux massacres bien pires.
  • Le Directeur des Droits de l’homme de l’Onu, Scott Campbell, a été expulsé du pays parce qu’il avait fait un rapport sur les violations des droits de l’homme par la police contre les bandes de gangsters Kuluna à Kinshasa. Les autorités ne reconnaissent pas leurs fautes et chassent ceux qui tentent de changer les choses, au lieu de s’attaquer aux problèmes.
  • Hier soir le vice-président du Parti Libéral pour le Développement, Lumbu Lumbu, a été arrêté à Goma après qu’il eut exigé la démission du ministre de la Défense, incapable d’assurer la sécurité de la population de Beni. Il n’a été libéré qu’aujourd’hui, après qu’on lui ait fait comprendre par forte intimidation qu’à l’avenir il ferait mieux de garder sa langue.

Et je pourrais continuer ainsi pendant longtemps. Qui a encore confiance en ces gens-là ? Personne !

Ras le bol

Ce sont les jeunes qui osent le mieux exprimer clairement leur ras le bol. Hier, toute la journée, Butembo a résonné des cris des écoliers venus de toutes les écoles de la ville pour clamer leur colère et leur chagrin à la Monusco, près de la mairie, au centre de la ville. Heureusement cette fois-ci la police n’a pas usé de tirs et de gaz lacrymogènes, les jeunes étant trop nombreux. A Oïcha les écoliers ont arrêté la caravane du ministre et de députés, mais là on a utilisé des gaz lacrymogènes. Aujourd’hui les écoliers continuent à circuler dans la ville et commencent à jeter des pierres vers les magasins qui restent ouverts, vers les voitures blanches, comme la nôtre, qu’ils assimilent aux voitures de la Monusco, et vers les gens portant chapeau.

Manifestation spontanée d’écoliers qui courent dans la rue principale de Butembo
Photo Patient Mapendo
  Partout on constitue des patrouilles de jeunes. « Si les autorités ne peuvent pas nous protéger, nous devons le faire nous-mêmes », clament-ils. Ils veillent toute la nuit autour des feux de pneus aux grandes entrées de la ville, parce qu’à Butembo circulent des pamphlets annonçant pour bientôt une attaque des rebelles. Ils vont s’armer de plus en plus, c’est clair. Et le risque de retomber dans un état d’anarchie est réel.td>

Actuellement la population connaît une profonde psychose, et je le comprends. J’ai vu aussi les photos des victimes innocentes. Une telle cruauté n’a plus rien d’humain. On ne peut que réagir avec force. Cà se comprend. Mais il y a plus. Le Congo dérive dans une profonde crise de confiance. Et cela pourra mener de nouveau à une très longue instabilité.

Clarté s.v.p.

Il n’y a qu’un seul moyen de salut. Les autorités doivent montrer clairement que ce n’est pas leur intention, bien que tout le monde le pense. Pour le prouver il faut prendre les mesures suivantes :

  1. Affirmer clairement que la constitution sera respectée, que Kabila ne cherche PAS un troisième mandat, que son parti respectera les règles du jeu et que les élections se dérouleront de manière libre et transparente. Ce serait un ENORME pas en avant !

  2. Entreprendre avec l’aide opérationnelle de la Monusco une action efficace pour protéger la population de Beni-Oïcha-Eringeti et neutraliser les auteurs des massacres.

  3. Remplacer immédiatement tous les responsables de l’armée et de la police dans l’Est du pays et limiter la durée de leur mandat à deux ans afin d’empêcher qu’ils s’immiscent à nouveau dans d’énormes magouilles maffieuses.

  4. Prouver que la justice au Congo peut être équitable, en menant le procès du meurtre de Mamadou Ndala à bonne fin et en identifiant et punissant les vrais coupables.

  5. Assurer que dorénavant l’armée sera payée.

  6. Organiser correctement les premières élections locales de l’histoire du Congo en 2015, de sorte que pour la première fois on dispose d’autorités locales légitimes qui rendent compte de leurs actes.

  7. A long terme, nommer dans toutes les provinces des médiateurs auprès de qui la population pourrait se plaindre des autorités qui fonctionnent mal.

Je rêve évidemment. Il n’y a aucune chance que cela se réalise. Si nous continuons ainsi, la crise de confiance deviendra une crise de régime. Et alors, je le crains, il faudra à nouveau payer un très haut prix humain.

La clé de l’avenir se trouve dans les mains du président. Ou du moins dans les mains de ceux dont dépend le président. Plus que jamais il peut écrire l’histoire. Ou bien on se rappellera de lui comme de l’homme qui a sauvé son pays, ou bien comme d’un politicien borné qui n’a fait que l’exploiter.

A sa place, je saurais quoi faire.

  Ivan Godfroid
Représentant régional de Vredeseilanden dans le Congo-Est, en poste à Butembo.

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