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L A V I G E R I E . be

Lignes de fracture N°91 Breuklijnen

Février – Februari 2015
mardi 3 mars 2015 par Jef Vleugels

 RÉFLEXIONS DANS LA FOULÉE DES ÉVÉNEMENTS CHARLIE HEBDO



Suis-je ou non Charlie - J.Michel Longneaux - Le Vif du 12-1 15

Tout d’abord, lorsqu’une communauté a été ébranlée au point de se sentir menacée dans ses propres fondements, elle éprouve le besoin de resserrer les rangs, de partager un même sentiment d’appartenance pour revendiquer son droit à l’existence. C’est à ce réflexe de survie et de réassurance pour le moins légitime que l’on a assisté ces derniers jours à travers des rassemblements spontanés et des marches organisées. Mais les émotions partagées se traduisent malheureusement en slogans consternants, qui visent à donner bonne conscience. Nous réaffirmons notre unité en dénonçant la barbarie. Et du même coup, nous nous rangeons dans le camp des « civilisés ».

D’un côté l’obscurantisme, la violence, l’intégrisme et de l’autre côté la raison éclairée, la solidarité et la tolérance. Quelle naïveté !

Non pas à propos des barbares, mais de nous-mêmes : notre société n’est-elle pas, elle aussi, d’une violence inouïe ? Les injustices sociales, la recherche du profit au détriment des individus et des peuples, l’exclusion et l’indifférence au quotidien, le repli sur soi, tout cela tue en silence, « légalement », sans coup de feu, loin des médias.

Par ailleurs, n’est-ce pas dans cette société « civilisée » qu’ont grandi les futurs assassins ? N’est-ce pas dans nos prisons, auxquelles nous refusons d’allouer des budgets suffisants, qu’ils ont été endoctrinés ? Ce sont eux les coupables, bien évidemment, mais nous ne sommes pas innocents. La barbarie a différents visages et je ne suis pas certain que la nôtre, celle dont nous sommes responsables, à défaut d’être moins spectaculaire, n’en soit pas pour autant moins cruelle. Nous sommes tous des Charlie. Mais nous sommes aussi tous des barbares, à notre façon.

Je suis également réservé quant à la liberté d’expression qui aurait été visée à travers le massacre dans les locaux de Charlie Hebdo. Plus exactement je m’étonne que personne n’ait relevé de contradiction entre les deux slogans brandis en même temps : « Non à la haine » et « Oui à la liberté d’expression ». Pris séparément, ces deux slogans sont justes ... mais simplistes.

Car mis ensemble, une étrange complexité apparaît. Il faut distinguer ce que l’on exprime – le fond - de la façon de l’exprimer - la forme. Concernant le fond, toutes les idées doivent pouvoir s’échanger, tous les désaccords aussi, sans que l’on soit menacé dans sa vie. Si les terroristes avaient attaqué un journal « ordinaire », c’est ce droit fondamental qui aurait été visé. Mais Charlie Hebdo n’est pas un journal ordinaire. Il est un journal satirique qui, à travers ses caricatures, entend faire fléchir en se moquant. Ici, ce qui est en jeu, c’est la forme.

Proclamer être Charlie, ce n’est pas seulement défendre le droit de pensée, le droit au désaccord - ce que je partage comme tant d’autres - c’est défendre aussi le droit d’offenser selon les codes de l’autre, c’est défendre le droit d’humilier, de ridiculiser publiquement. C’est autre chose que l’impertinence dont parlent pudiquement certains journalistes. Voilà pourquoi je ne suis pas Charlie.

Etre Charlie, c’est croire aussi que tout le monde est capable d’encaisser impassiblement ou avec le sourire les humiliations. C’est croire que toutes les cultures partagent nos codes, notre sens de l’humour et que si ce n’est pas le cas, elles devraient y tendre puisque nous détenons la vérité sur les bonnes conduites. Voilà pourquoi je ne suis pas Charlie : parce que dans le monde réel, je sais que tout le monde n’est pas capable de rire de tout, y compris de soi-même. Par contre, tout le monde a le besoin de se sentir respecté, y compris dans le désaccord. Non à la haine, oui à la liberté d’expression ! A cela je réponds qu’au-delà du refus de la haine, il faut oser refuser les modes d’expression qui peuvent blesser, qui sont ressentis par ceux qui sont visés comme de la haine et qui suscitent, en retour, de la haine. On a le droit de n’être pas d’accord avec les autres, on n’a pas le droit de les humilier.

Entre des crayons et des kalachnikovs, le rapport de force semble disproportionné, injuste, cruel. Ce que nous ne voulons pas voir - et que pourtant nous savons tous - c’est que l’humour peut être d’une violence inouïe, qu’il peut blesser, qu’il peut détruire : certains se suicident à force d’être ridiculisés. Certains dessins, certains mots d’esprit sont pires que des fusils : ceux-ci tuent d’un coup, ceux-là, à petit feu.

Les lâches assassinats que rien ne saurait excuser nous renvoient une image de nous-mêmes bien cruelle. Je crains que l’émotion nous aveugle.


Dans la tradition africaine, l’humour n’humilie jamais. -
(Blog de Bernard Ugeux)

Quelle semaine ! Il y a eu une belle marche de solidarité nationale en France (mais le Père Delorme a écrit que les musulmans étaient peu présents). On a parlé de 3,5 millions de marcheurs…. Et ce fut un temps fort républicain. De tels moments symboliques marquent sur le coup. En Afrique, que 17 morts dus au terrorisme provoquent en France une telle mobilisation a beaucoup surpris alors que les 5 à 6 millions de morts de violence en vingt ans au Congo sont quasi totalement ignorés des médias occidentaux, alors que les massacres continuent. Il est vrai que les premières hommes des médias, et que ceux-ci ont fait jouer au maximum leurs réseaux. Comme ils contrôlent l’opinion publique, nous en avons vus l’efficacité ! Et cela continue. Une question, si les victimes avaient été des médecins, des humanitaires ou des enseignants, les choses se seraient passées ainsi ? J’en doute.

Le chiffre de la marche française correspond à la moitié du tirage du dernier Charlie Hebdo (peut-être que ce ne sont pas les mêmes personnes dans les deux cas… ?). Il a provoqué les réactions auxquelles nous assistons « à l’étranger ». Dans mon entourage, au cœur de l’Afrique, quand les gens ont vu que Charlie récidivait, ils m’ont dit : ils sont fous ? Mais ils ne réalisent pas le mal qu’ils font à des millions de gens ! Ils trouvent cela drôle  ? Vous allez voir les réactions dans le monde ! Quoique bons catholiques pratiquants, ils me disaient : ils n’ont pas le droit de traiter l’islam ainsi, ils n’ont pas le droit de défigurer les grands symboles d’un peuple ou d’une religion.

Dans la région parisienne, à des enfants qui interrogèrent leur maîtresse d’école après la minute de silence à la suite de l’attentat contre Charlie, celle-ci tenta d’expliquer que c’est parce que des gens n’aimaient pas qu’on se moque de leur religion. Et les petites têtes blondes ou crépues de répondre « Mais c’est mal de se moquer des autres, maîtresse ! Quand on fait ça vous nous punissez ! » Et la maîtresse d’essayer d’expliquer que les grands ont le droit de se moquer et que c’est une grande chance pour les Français d’avoir le droit de se moquer publiquement des autres quand ils ont envie de rigoler… ou de faire rigoler leurs copains… C’est un important acquis des droits de l’homme que les pays musulmans rétrogrades n’ont pas encore découvert…

Soit, imaginons cela dans un village gaulois isolé où on vit entre Français qui prouvent chaque jour aux Romains qu’ils sont fous, par Toutatis ! Qu’on leur donne des baffes ! Mais, voilà, depuis cette époque, il y a eu la construction de l’Europe, la mondialisation, sans oublier la reconstruction de l’industrie européenne après-guerre pour laquelle on a eu besoin de main d’œuvre venue d’outre-mer. On n’est plus entre Français depuis longtemps, comme le regrette Marine. Toutes les nations et toutes les religions sont présentes en Europe aujourd’hui. Serait-il impossible de vivre ensemble dans une pluralité positive ?

Qu’on me comprenne bien, je suis contre toute forme de violence, que ce soit contre Charlie, une boutique casher ou à Zinder (deuxième ville du Niger). Dans cette ville, mes confrères Pères Blancs, bien intégrés, ont failli se faire tuer avant-hier par les islamistes et sont actuellement réfugiés dans un camp militaire. L’un d’eux a été blessé. Leur église et leur presbytère ont été détruits par des hommes en colère contre la réédition des caricatures…. Les destructions et tueries se sont poursuivies le lendemain à Niamey, la capitale. Les centres cultures français ont dégusté !

Puisque je suis contre toutes les formes de violence, j’y inclus l’humiliation de la culture et de la croyance des autres. Excusez-moi, mais je vis depuis 44 ans en milieu multiculturel. J’ai eu le temps de découvrir que l’humour est fortement marqué par la culture. Ce qui fait rire dans une culture peut être considéré comme vulgaire et méchant dans une autre. On peut comparer nos gauloiseries avec l’humour anglais. Ce que je n’ai jamais pu supporter, c’est de voir une personne blessée par d’autres qui rigolent de ce qui est précieux pour elle et trouvent « cela » très drôle. Toute forme d’humiliation de l’autre, surtout en public, me révulse. C’est possible qu’il y ait des gens ou des cultures qui « manquent de sens de l’humour » (mais de quel humour ?), raison de plus pour ne pas les provoquer.

Or les Africains ont le sens de l’humour. On rit beaucoup en Afrique, et même de situations dramatiques, comme pour se protéger contre le poids de l’horreur. J’ai vu des gens raconter le drame qu’ils venaient de subir en forçant le trait pour en rire et exorciser la blessure de leur cœur. Mais ils parlaient d’eux-mêmes ! Jamais je n’ai vu des gens humilier en public d’autres personnes en touchant à ce qui leur était cher… Les « civilisés » ne sont pas toujours ceux qu’on pense.

En voyant cette foule de Français à la télé, j’ai souhaité qu’ils ne confondent pas le plaidoyer pour la liberté d’expression (droit inaliénable auquel je tiens) avec un soutien illimité à toute forme de dérision humiliante sans aucune autorégulation de la part des médias… Comme l’a dit le Pape François dans l’avion en route vers les Philippines : autant il n’est pas question de tuer au nom de Dieu, autant on ne peut d’admettre d’offenser l’autre dans ce qui lui est le plus cher.

La commentatrice de la télé France 24, dans un débat la semaine dernière, répondait avec force à son invité musulman : « Mais vous ne pouvez pas comprendre que le blasphème est un droit républicain ? » Nous avons tous éclaté de rire dans la salle de télé… un rire un peu amer, car trop, c’est trop.


Ik hoop dat fanatici het licht zien



« Het fanatisme valt onze cultuur aan. Overal ter wereld. Maar wapens zullen het niet tegenhouden. Onderwijs is de enige oplossing. » Voor Philippe Blondin, de directeur van het Joods Museum in Brussel, was 2014 het jaar van de fanatici. « Tegen het soort vastberaden fanatici van het type dat bij ons heeft toegeslagen, helpt geen enkele beveiliging. Je kan alleen maar hopen dat de mensen op een dag het licht zullen zien en beseffen waar ze mee bezig zijn. » Zeven maanden na de aanslag op het Joods Museum is Philippe Blondin nog niet bekomen van de schok.

Blondin gelooft niet dat de aanslag had voorkomen kunnen worden. « Alle veiligheidsmaatregelen ter wereld schieten te kort om iemand tegen te houden die wil doen wat deze man gedaan heeft. Het enige wat helpt, is onderwijs en opvoeding. Dat wordt de uitdaging, de komende jaren : onderwijs brengen aan mensen die het niet willen. »

Uit De Standaard van 27-28/12/2014
 

Concrete toepassingen :

  • Langs Nederlandstalige kant ondertekent minister van Onderwijs Hilde Crevits (CD&V) vandaag in Muzeum Kazerne Dossin met de onderwijsnetten een engagementsverklaring over het onderwijs van de Holocaust en misdaden tegen de menselijkheid tijdens de Tweede Wereldoorlog, om zo inzicht te krijgen in de processen en mechanismen achter deze vormen van geweld.
  • Massageweld doet zich alleen voor in contexten van extreme polarisering, en daarom kunnen wij allen ook bijdragen aan een pacificatie door niet te vervallen in eenzijdige polarisering. Dat is een opgave thuis, op de werkvloer en overal waar wij komen. Het is ook een opgave voor de media in hun geheel en voor de politici.
    Uit De Standaard van 27 januari 2015
     


Met radicaal zijn is niets mis (René Stockman)

Het woord ’radicalisering’ is de laatste weken alomtegenwoordig. Hoe dikwijls konden we niet lezen dat we een strijd moeten voeren tegen elke vorm van radicalisering ? Natuurlijk wordt dan verwezen naar de groep extreme islamieten die vanuit een heel eigen interpretatie van de Koran een door hen ingesteld kalifaat oproepen tot een heilige oorlog tegen het Westen – en hun invloed op de jongeren van hier.

Maar past het hier om het woord radicalisering te gebruiken, of gaat het eerder over een vorm van extremisme en fundamentalisme ?

Roept niet iedere godsdienst zijn volgelingen op zijn leer radicaal te beleven ? In het christendom is het evangelie de richtinggevende boodschap, en christenen worden opgeroepen om die radicaal toe te passen in het dagelijkse leven. Jezus Christus riep immers op tot een radicale navolging, een radicale beleving van de liefdesboodschap. Er is geen tussenweg. Christenen hebben de opdracht om de humane waarden op een radicale wijze te beleven en door het licht van het evangelie te laten beschijnen, waardoor die waarden tot christelijke waarden worden geradicaliseerd.

/…/ Wanneer slaat radicaliteit over in fundamentalisme en extremisme ? Iemand wordt extremistisch als hij een enge, fundamentalistische, naïeve en dikwijls uit de context getrokken interpretatie gaat geven aan de boodschap die de godsdienst brengt, en zich gaat afzetten tegen eenieder die die interpretatie niet deelt.

Fundamentalistisch zijn zij die zichzelf als de beteren wanen en zich geroepen voelen om te gaan strijden in woord en daad, tegen wie er een andere mening op nahoudt.

Een fundamentalistische en extremistische invulling van de godsdienst is dus totaal iets anders dan een radicale beleving ervan. En daarom zou het goed zijn om niet meer te spreken van radicalisering van een godsdienst als men verwijst naar wat we nu zien bij bepaalde groepen moslims. We moeten geen strijd voeren tegen radicalisering, begrepen als een radicale beleving van een godsdienst, want dat is net het meest eigenen van ieder die zijn godsdienstbeleving ernstig neemt.

Waar wij ons wel voor moeten hoeden, is iedere vorm van extremisme en fundamentalisme, ook in de eigen godsdienst, en wat we nu meemaken zijn er de desastreuze uitlopers van.

Een radicale beleving van een godsdienst zal de mens dus altijd beter moeten maken, liefdevoller als mens en medemens en bereid om positief in de wereld te staan, niet steeds de zogenaamde visies en waarden van de wereld delend, maar bereid waardevolle alternatieven aan te bieden en die zelf te beleven en in dialoog met anderen te delen. Opnieuw kunnen we verwijzen naar Christus, die het op verschillende punten niet eens was met de toenmalige beleving van de godsdienst en de maatschappelijke vertaling ervan, en dat ook duidelijk verwoordde, maar steeds de dialoog openhield om met eenieder het alternatief te delen. Bij Hem was geen enkele zweem van extremisme en fundamentalisme te ontwaren, enkel een radicaliteit waartoe hij ook zijn volgelingen opriep. Het is tot die radicaliteit dat we ook vandaag nog steeds worden opgeroepen.

De Standaard van 4 februari 2015.
René Stockman is de Generale overste van de Broeders van Liefde.
 

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