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L A V I G E R I E . be

Lignes de fracture N°24

Mai - Juin 2009
mercredi 24 juin 2009 par J.V.

 LES GRÈVES DE LA FAIM

Les grèves de la faim par des sans-papiers se sont multipliées ces dernières années en Belgique. Parmi les dernières en date figurent celles du campus universitaire de l’Université Libre de Bruxelles, où les grévistes furent parqués dans un parking souterrain désaffecté et de l’église du Béguinage, où entre 220 et 230 personnes sans papiers ont fait, pendant plus de deux mois, une grève de la faim pour obtenir leur régularisation. Ils ont mis fin à leur action le 21 juin. Que faut-il penser de cette méthode d’action ?

Clarifions d’abord la terminologie

Nous connaissons tous le jeûne pour des raisons médicales ou thérapeutiques.

Dans les traditions religieuses et spirituelles, le jeûne – c’est-à-dire un temps d’abstention de toute nourriture [1] – est avant tout un temps de purification et de conversion personnelles. Dans la lutte non-violente, on jeûne également pour l’ouverture de la conscience des adversaires. Le non-violent pratique le jeûne pendant la préparation d’une lutte difficile ou dans des moments de crise au sein de son propre mouvement (comme fit Gandhi pour obtenir que cessent les affrontements violents entre hindous et musulmans) ou lors d’une résistance spécialement dure de l’adversaire. Pour Gandhi, le jeûne est “l’arme suprême de la non-violence”. Les jeûnes de Gandhi, y compris ses trois grèves de la faim qu’il avait annoncées explicitement “jusqu’à la mort”, avaient toujours une motivation spirituelle profonde.

« Lorsque une ou plusieurs personnes refusent de s’alimenter pour faire apparaître une injustice sur la place publique en interpellant l’opinion et le pouvoir, il ne convient plus de parler de »jeûne« , mais de ’grève de la faim’  [2]. » Cette expression est évidemment à mettre en parallèle avec ’grève de travail’.

Les raisons qui poussent à entreprendre une grève de la faim sont le plus souvent d’ordre politique. Tout le monde se rappelle de la grève de la faim du jeune républicain irlandais et membre de l’IRA, Georges Sands et ses dix camarades. Leur grève était une résistance à l’occupant anglais et aux conditions inhumaines de détention des prisonniers politiques. Il mourut le 5 mai 1981 après 66 jours de grève de la faim dans l’hôpital de la prison de Maze. Autre exemple fort : la grève de la faim dans les prisons turques en 1996. Le gouvernement turc ne cédera au mois de juin qu’après la mort du douzième prisonnier gréviste de la faim. Ils sont morts après 62 à 70 jours de grève de la faim... Ces exemples nous donnent une indication de la capacité de résistance de notre corps.

Le déroulement normal d’une grève de la faim

Les exemples que je viens de citer sont des exemples extrêmes. Normalement on pratique une grève de la faim limitée et annoncée comme telle. Elle peut durer jusqu’à 25 ou 30 jours mais être aussi beaucoup plus courte. L’objectif est d’attirer l’attention de l’opinion publique, et donc de mobiliser les médias et d’influencer et/ou mettre sous pression l’autorité considérée comme responsable de la situation dans laquelle les grévistes se trouvent. L’organisation du soutien direct aux grévistes et la médiatisation de l’action sont très importantes et doivent accompagner les grévistes jusqu’à la fin. Le mot d’ordre est de protester, d’interpeller, de sensibiliser.

Muller conclut : « C’est pourquoi une grève de la faim limitée doit être surtout considérée comme un maillon dans la chaîne des différentes actions d’une lutte non-violente. » [3]

Grève de la faim illimitée

C’est une action d’une tout autre nature. C’est une action de contrainte. Ceux et celles qui l’entreprennent « se disent déterminés à la poursuivre jusqu’à ce qu’ils aient obtenu satisfaction, c’est-à-dire jusqu’à ce que l’injustice qu’ils dénoncent soit supprimée. » [4] Les grévistes, poursuit Muller, « veulent dramatiser la situation en déclarant l’état d’urgence. Ils veulent défier le temps en risquant leur propre vie. »

Cette démarche n’est moralement acceptable que si l’objectif poursuivi puisse effectivement être atteint. Sinon elle ne serait qu’un geste de désespoir.

En non-violence, nous refusons la grève de la faim de chantage , qui consiste à rendre l’adversaire responsable de la mort éventuelle du gréviste de la faim, s’il ne cède pas. En non-violence, on jeûne pour quelque chose, jamais contre quelqu’un ou contre quelque chose. Le jeûne de chantage est une forme subtile de violence.

Que conclure ?

Il me semble que - malgré toute la sympathie que je leur porte - les sans-papiers-grévistes de la faim ici en Belgique – cf les deux exemples cités dans l’introduction – ont prolongé leur action par pur désespoir. Le gouvernement ne cède pas : les grévistes finissent par obtenir un permis de séjour de trois mois parce qu’ils sont malades (mesure prévue par la loi pour tout étranger sur le territoire national) et un permis de travail B, qui en pratique ne leur sert à rien. Pour le reste, chaque cas sera réexaminé à part.

Le seul avantage c’est que leur action soutient et encourage les démarches et manifestations des organisations des défenses des droits de l’homme, qui constituent, en fait, les vraies forces qui feront changer la législation sur les droits des immigrés.

La solution finale consistera dans une législation plus claire et plus complète, que les défenseurs des droits des immigrés réclament depuis plusieurs années, que les gouvernements successifs ont promis, mais qui n’a toujours pas vu le jour faute d’accord entre les partis politiques.

Jef Vleugels
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[1Le jeûne consiste à ne pas manger, mais ne consiste pas à ne pas boire (eau pure ou tisane). On parle d’un jeûne long à partir de 5 jours. Une personne en bonne santé peut facilement jeûner 8 jours sans consulter son médecin. Au-delà, il faut prévoir un suivi médical. On déconseille d’aller au-delà de 25 jours, pour éviter des effets corporels irréversibles

[2Jean-Marie Muller, Dictionnaire de la non-violence, Les Editions du Relié, 2005, 413 pages, p. 151.

[3o.c. p. 153

[4idem


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