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L A V I G E R I E . be

Lignes de fracture N°24

Mai - Juin 2009
mercredi 24 juin 2009 par J.V.

 LE GRAND PILLAGE DE LA TERRE

Charte pour l’Afrique, Article # 20 :
‘Tous les peuples auront droit à l’existence et à l’autonomie, et le droit de se libérer du carcan de la domination’.

Résumé et Commentaire :
En octobre 2008, beaucoup ont été choqués par un rapport de la presse internationale. Le gouvernement de Madagascar s’apprêtait à signer, avec la Compagnie Sud-Coréenne Daewoo, un contrat louant à cette compagnie 1.3 millions d’hectares de terre. La Compagnie Sud-Coréenne devait s’engager en échange à créer des emplois et à améliorer l’infrastructure locale. Sous la pression de l’opinion publique le contrat fut finalement annulé. La plupart du temps négociés dans le secret, des contrats semblables sont actuellement négociés dans de nombreux pays africains.

Le grand pillage de la terre.

Le Parlement Ougandais a réagi quand il a appris qu’environ 840.000 hectares de terre étaient loués en Egypte à un pays étranger. Le Soudan a offert d’énormes quantités de terre aux pays arabes. Un bailleur de fonds américain a persuadé un ancien chef de guerre dans le Sud- Soudan, de lui fournir plus de 400.000 hectares de terre pour un projet de développement agricole. Le Directeur Général de la FAO (Food and Agricultural Organisation), Jacques Diouf, appelle de tels contrats portant sur la location des terres, ‘un genre de néo-colonialisme’.
Pourquoi ce pillage actuel de la terre en Afrique et ailleurs ? Trois facteurs jouent un rôle : la crise financière, la crise des denrées alimentaires, la crise de l’énergie.

  • 1. A la suite de la crise financière, les investisseurs qui se sont brûlé les doigts dans l’industrie immobilière ont découvert que la terre constituait un placement sûr qui rapporterait beaucoup. Les bailleurs de fonds parcourent donc le monde pour mettre la main sur des terres fertiles et lancer des projets agricoles à grande échelle.
  • 2. Les pays qui importent des produits alimentaires ont eu de gros problèmes quand, en 2007-2008, les prix sur le marché mondial pour les produits de base tels que le maïs, le riz et le blé ont plus que doublé. Ces pays ont réalisé qu’ils ne pouvaient pas se fier au marché mondial pour nourrir leurs populations. Des pays comme l’Arabie Saoudite, les Emirats, la Libye et des douzaines d’autres pays qui dépendent de leurs importations de produits alimentaires, veulent maintenant cultiver les produits dont ils ont besoin et ils cherchent des terres fertiles et bien arrosées.
  • 3. Finalement, il y a une course mondiale vers les biocombustibles. Quand le prix du marché mondial pour l’or noir atteignit presque 150 dollars l’an dernier, la recherche pour des sources d’énergie renouvelables s’intensifia. Les effets visibles du changement de climat forcent également l’humanité à chercher des alternatives aux combustibles fossiles ; la production d’éthanol à partir de la canne à sucre et du maïs, ou de biodiesel à partir de l’huile de palme ou des graines de jatropha, semblaient être la réponse idéale à ce que l’on cherchait. Le but de l’EU est d’obtenir, d’ici 2020, 20% de ses besoins en énergie à partir de sources renouvelables. Cela implique qu’on importe des pays en développement ce dont on a besoin pour atteindre ce but. Et par conséquent, des compagnies cherchent des terres dans lesquelles on peut cultiver des produits qui seront utilisés pour produire de la bioénergie.

Pourquoi les gouvernements africains sont-ils enclins à louer de la terre ?

Il est difficile de comprendre pourquoi des politiciens voudraient donner la terre de leurs pays, cette terre qui est la ressource la plus précieuse et gratuite pour la nation. Sans doute, pots de vin et corruption jouent un rôle. Mais plus souvent c’est l’idée que les investissements sont toujours bons et stimuleront automatiquement le développement et créeront des emplois. Il y aussi l’espoir que les compagnies amélioreront l’infrastructure, feront des routes, créeront des facilités pour les exportations qui seront bénéfiques pour le pays dans son ensemble.

Quel est le problème ?

La terre est une question extrêmement sensible, spécialement en Afrique. Il suffit de se rappeler ce que fut le problème de la terre au Zimbabwe et dans d’autres pays en Afrique méridionale. Une bonne partie de la violence qui suivit les élections au Kenya était liée à de vieux conflits portant sur la terre. Même les paisibles Malgaches réagirent violemment quand ils virent leur terre donnée à des étrangers, et cela aboutit à une crise nationale. Les politiciens semblent ne pas s’être beaucoup préoccupés des générations à venir. Même s’il y a encore de la terre qui est ‘libre’ aujourd’hui, elle sera nécessaire aux générations à venir dans des pays qui doublent leur population tous les 25 ans.

Chaque fois que de grandes quantités de terre sont données dans un but commercial, les gens qui vivaient sur ces terres en sont chassés, la plupart du temps sans compensation adéquate. Ces gens perdent ce qui les faisait vivre et ils n’ont pas d’autre choix que d’aller vivre dans les bidonvilles surpeuplés des grandes villes. Les grands investissements agricoles ont en vue surtout les marchés d’exportation. La production des produits alimentaires pour le marché local diminue, les prix montent et des gens de plus en plus nombreux ont faim. En donnant des terres fertiles à des investisseurs étrangers les gouvernements mettent en danger la sécurité alimentaire de leur propre population.

La terre est une ressource tellement importante pour l’avenir de tout pays que le don de grandes surfaces de terre devrait être l’objet d’un débat public. En fait, les grands accords sont négociés secrètement à l’insu du Parlement et du public. Si l’Eglise prend sérieusement sont rôle d’être ‘la voix des pauvres’, elle doit faire en sorte que ce qui se passe dans le secret soit l’objet d’un débat public et elle doit défendre les droits à la terre des communautés traditionnelles contre des leaders corrompus et des investisseurs rapaces. Déjà lors du premier Synode Africain, elle a rappelé aux gouvernements ‘leur devoir strict de protéger le patrimoine commun contre toutes formes de gâchis et de vol par des citoyens qui n’ont pas le souci du bien public ou par des étrangers sans scrupules’ ( Ecclesia in Africa 113).

Wolfgang Schonecke M.Afr
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