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L A V I G E R I E . be
Mémoires du Pélerin

Sur le Chemin de Compostelle (5)

24 octobre 2010
jeudi 28 octobre 2010 par Webmaster

Georges est arrivé à Compostelle !

Voici son dernier message de joie et de sérénité


Chers vous tous,

Depuis hier 10h30 je suis donc à Santiago.

Un bonheur très intérieur sans trop d’émotions. C’est drôle... J’ai l’impression d’avoir « raté » mon départ et mon arrivée, du moins par rapport à ce que j’imaginais depuis des mois. A Rome, j’étais souvent pris par l’émotion et les larmes quand je pensais au jour de mon départ du Puy et à celui de l’arrivée à Santiago. Au Puy, j’avais une telle diarrhée qu’il m’a été impossible de vraiment participer à l’Eucharistie. A Santiago, j’étais un peu perdu... Que faire ? Où aller ?

Je suis parti du dernier hôtel - car c’était une vraie chambre d’hotel que j’avais prise la veille de mon arrivée - avant l’aube dans le noir. Je m’étais séparé du groupe d’amis. Je voulais être seul. La veille dans l’après midi j’ai marché dans une grande solitude : Les centaines de pèlerins qui font les 100 derniers kms sans porter leur sac, en bus, en téléphonant et bavardant, avaient soudainement disparu. Je me retrouvais heureux seul à traverser des forêts. Seul à avancer vers la dernière étape. J’ai contourné l’aéroport de Compostelle. Drôle d’entendre tout à coup le bruit assourdissant d’un avion au décollage. Arrivée à la plaque annonçant l’entrée dans le grand Santiago... la pluie, comme une bénédiction, selon les burkinabés. J’ai vu un couple s’embrasser... et me suis dit que je n’avais personne à embrasser. J’ai remercié le Seigneur pour les grands et beaux moments de solitude du Chemin et de ma vie et pour la joie communautaire - même si on ne s’embrasse pas souvent.

J’ai donc logé à Lavacolla où les pèlerins de jadis avaient l’habitude de se laver avant l’arrivée. Je suis parti dans le noir, avec pour la première fois la lampe frontale. Beaucoup de brouillard. Ce qui fait qu’au Mont de la Joie, Compostelle est restée cachée toute timide, comme un grand mystère qu’il ne faut découvrir qu’en y mettant les pieds, en osant y pénétrer. L’entrée dans la ville n’est pas très joyeuse, mais ne m’a pas gêné comme l’avait faite mon entrée dans Burgos.

Arrivée à la Cathédrale, j’étais confus. Que faire ? J’ai voulu tout de suite passer la porte sainte pour aller saluer Monseigneur Saint Jacques, mais dans la file, je me suis rendu compte que j’étais le seul avec un sac à dos. J’ai voulu alors entrer dans la cathédrale pour prier... et ai découvert qu’on ne pouvait pas y pénétrer avec un sac.

J’ai trouvé le bureau des pèlerins et en quelques minutes j’ai obtenu ma Compostella, ce document qui certifie que vous avez accompli le pèlerinage. Choquant... des « touristes » pèlerins débarqués en bus au Mont de la Joie, faisaient la file derrière moi pour obtenir ce document, « récompense » de tant d’efforts.

Sortant du bureau, Aurélie me saute au cou (la fille que les Rommelare ont vue). Je ne l’avais plus vue depuis Sauvelade (en France), j’avais si souvent pensé à elle, me demandant où elle était, si elle était arrivée. Nous avons eu les plus beaux sourires jamais imaginés. C’était la première personne que je revoyais. On a parlé un peu, elle a essayé de m’aider à trouver une place dans une pension, et nous nous sommes séparés. Il n’y avait pas besoin de se dire plus. J’étais fou de joie, juste de savoir qu’elle était arrivée et était en bonne santé, heureuse et prête à repartir dans la vie. La même expérience se répétera toute la journée. Il est étonnant de voir combien on se retrouve si facilement dans cet espace finalement si petit autour de la Cathédrale.

J’ai été poser mon sac à la consigne et suis rentré dans la Cathédrale pour la messe de midi. Je vous portais tous avec moi, la famille, les Pères Blancs, les pèlerins d’un jour, les pèlerins de jadis et les inconnus... tous ceux qui marchent et peinent dans la vie à la recherche de Celui qui nous fait marcher. J’ai eu tout le temps de me préparer à la messe présidée par l’évêque. Tout en espagnol... sauf une salutation de l’évêque en 4 langues aux pèlerins arrivés ce jour là. Au baiser de paix, j’ai salué gentiment les gens autour de moi... et voici Gerda, une allemande travaillant en Suède, qui vient m’embrasser. Quelle joie de donner la paix à quelqu’un que l’on connait. C’est elle qui m’avait donné une tasse de thé le jour où je suis arrivé à Santo Domingo après avoir quitté mes amis... Qu’elle soit récompensée à jamais pour cette tasse de thé. A la sortie de la messe, d’autres pèlerins perdus sur la route, retrouvés le temps d’une embrassade, du partage d’une joie commune. Cela durera tout l’après midi.

Apres la messe, j’ai été retirer mon sac et, après les renseignements pris à l’office du tourisme, ai été le poser à l’auberge du grand séminaire où j’ai une chambre personnelle pour 4 nuits. J’y retrouve Bernard (il y aurait tellement à vous dire de lui) et vais manger le repas de la fête avec lui... J’envoie quelques SMS et téléphone aux parents. Il est temps alors pour moi d’aller saluer Seigneur Saint Jacques. J’ai gentiment fait la queue pendant 1 heure avant de passer la porte sainte. Mes bras autour de son cou, je n’ai dit qu’un grand merci (et il y avait tellement dans ce grand merci) et que Sa Volonté soit faite (une des grandes motivations de ce Chemin, et ma prière depuis des années). Je me suis senti en paix, sans émotions particulières, mais en paix, plus que heureux, mais aussi soudainement si fatigué.

J’ai été m’acheter mon T-shirt du pèlerin pour revenir propre demain pour la grand messe du dimanche. A 19 heures, nous étions un grand groupe devant la cathédrale. A 15 nous avons partagé le repas du soir. Ils sont merveilleux ces pèlerins, si simples, si généreux, si vrais. On se demandait comment il se faisait que nous étions si à l’aise les uns avec les autres... Certainement parce que nous partageons les mêmes souffrances, les mêmes joies, parce que nous nous découvrons sans aucun maquillage extérieur et intérieur. Combien j’ai aimé cette simplicité de vie. A 22h30 j’étais au lit... Difficile de dormir... les kms revenaient en mémoire. Dire que c’est fini... Ai-je envie de rentrer ?

Ce matin j’ai pris mon petit déjeuner avec Aude... On a bavardé pendant une bonne heure : Je l’ai aidée à trouver une chambre pour ce soir et nous sommes allés à la messe. Idem que la veille. Désolé, mais il n’y a pas eu d’encensoir ! Repas en petit groupe et dispersion...Au revoir, Adios, on échange des adresses emails... Pèlerins ensemble sur la route de Santiago... Pèlerins dans la vie, toujours ensemble, par la pensée et la prière.


Que dire encore... que j’ai beaucoup aimé les deux passages montagneux, des Monts Leon, le point le plus haut du Chemin, et du O Cebreiro où je suis arrivé à midi, juste pour la messe. Que les nuits en montagne étaient vraiment fraiches, mais que nous en rigolions. Que j’ai proposé à notre groupe de vivre ensemble une Eucharistie dans la plus grande simplicité, une coquille servant de calice et une autre de ciboire, avec un partage merveilleux de vérité. Que les punaises m’ont enfin laissé en paix : Que la santé est bonne et que la pluie tombe aujourd’hui.

Demain, avec quelques unes nous irons à Finistera en bus brûler nos habits. Mardi, comme les pèlerins de jadis, je referai symboliquement une étape de 10 kms en retour vers la Belgique... dans le soleil, nous annonce la météo. Je reviendrai ensuite vers Compostelle, comme un pèlerin de Vie, sur un autre type de Chemin...

Mercredi je prendrai le bus vers Vigo et l’avion vers Bruxelles - Zaventem, d’ou je prendrai le petit train jusqu’à Uccle Stalle et marcherai les derniers 500 mètres.

De tout cœur je vous remercie pour m’avoir accompagné pendant ces 62 jours de marche. Merci pour les emails et les SMS : Merci de m’avoir parfois confié des intentions de prière : Je vais maintenant retourner à la cathédrale pour clore ce Chapitre calmement en dehors de la foule des Eucharisties. Je vais encore vous présenter au Seigneur Saint Jacques - Drôle, mais je ne vais plus me plaindre quand quelqu’un m’appellera par mon nom de famille (mes confrères comprendront).

Je ne sais s’il y aura encore un message commun. Il me faudra digérer mon retour. Excusez-moi si je vous semble un peu pensif. Aidez-moi à retourner à la vie « anormale » en gardant la sérénité qui est la mienne aujourd’hui.


Que Dieu vous bénisse tous. A bientôt la joie de se retrouver. Il y a tellement d’autres choses à partager, de ce Chemin et du vôtre.

Je vous embrasse tous.

Georges