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L A V I G E R I E . be
Interview avec le P. Jonathan Bahago- PB à Sfax

Avec les réfugiés à la frontière libyenne

Relais PB Maghreb N° 13 - Mai 2011
jeudi 5 mai 2011 par Webmaster

Raconte-nous comment tu es entré en contact avec les réfugiés fuyant la Libye.

Le P. Dominique (prêtre diocésain) m’a dit de venir à la frontière avec lui. C’est un homme très engagé socialement et il avait reçu un don pour acheter des boîtes de thon pour l’ONG « Samaritans » qui préparait et distribuait des repas pour les réfugiés. Nous avons passé une journée dans le camp. Je suis retourné passer 3 jours avec 3 étudiants de la JCAT qui entaient en vacance en ce moment, et avec un pasteur protestant de France. Je suis encore une fois retourné avec Moïse (le stagiaire de Sfax) et 2 étudiants et le même pasteur avant son départ en France.

Qu’as-tu vu sur place ?

D’abord beaucoup de militaires tunisiens qui encadraient parfaitement tout le monde. Le groupe le plus nombreux c’était alors les gens du Bangladesh : plus de 8.000 ! Et ensuite les Philippins et les Chinois, qui ont été vite évacués, suivis des Sri Lankais et des ressortissants africains de nombreux pays. Mais les Burkinabés ont étés également vite pris en charge par leur ambassade et évacués. Alors, des centaines des réfugiés arrivent chaque jour et des centaines partent parce que le camp n’est pas un camp permanent.

Tu peux nous parler du camp ?

Une fois qu’elles quittent la Libye les personnes passent une journée au camp transitoire du côté tunisien et s’inscrivent auprès du gouvernement tunisien. Ils continuent au camp principal et s’inscrivent auprès de l’Organisation Internationale des Migrations (MOI en anglais) et on leur donne une tente en plastique, pour 3 ou 4 personnes, qu’ils peuvent planter aux endroits déjà prévus et aménagés par de bulldozers. Ils reçoivent aussi un petit ou grand matelas et une couverture. Malheureusement il n’y avait que trois toilettes et aucune douche donc chacun se débrouillait comme il pouvait... Par contre la nourriture était abondante. Mais maintenant, il y plusieurs toilettes et douches même s’ils préfèrent aller faire leurs besoins dans la nature. Et ici je dois dire combien les Tunisiens, tant des individus que des associations, on été généreux non seulement en ce qui concerne les denrées alimentaires mais aussi en donnant de leur temps et en étant présents au service de tous les réfugiés...

Quel était votre engagement concret ?

On logeait dans un petit hôtel à 25 km du camp. Chaque matin, à 5h, nous partions pour travailler dans l’ONG des « Bons Samaritains » pour préparer et distribuer le petit-déjeuner. Et tout de suite après on commençait à nouveau à préparer le repas de 15h. Tu ne peux pas imaginer la quantité de carottes, oignons et riz qu’il faut préparer pour cette foule ! Sans compter le fait qu’il faut soulever des marmites immenses et les laver ! Je dois rendre hommage à Sr. Mercé et Sr. Marie Claire, des Petites Soeurs de Jésus, qui dès le début se sont impliquées à fond dans les camps.

Quels autres acteurs étaient sur place ?

Le Programme Alimentaire Mondial (PAM), l’Organisation Internationale des Migrations, le Croissant Rouge algérien et tunisien, Le Secours Islamique, une association de psychologues tunisiens, mais aussi Caritas Liban, Caritas International et Caritas France ; cette dernière avec des moyens de communications pour rassurer les familles des réfugiés. Tous ces organismes étaient parfaitement encadrés par l’armée tunisienne, qui a été remarquable en tout point : discipline, organisation, équité... ce n’est pas facile de faire régner le calme au milieu de tensions entre migrants !

Face à l’énormité de la tâche votre contribution était très modeste...

A un moment donné l’ONU a assumé la responsabilité de tout et tout a été centralisé. Les volontaires ont été remplacés par des salariés. Alors nous avons pu nous consacrer à écouter ces personnes dans leur désarroi. Nous allions dans leurs tentes pour écouter leurs récits pitoyables : avant la guerre leurs salaires étaient en retard, ensuite certaines banques ont refusé de leur verser leurs économies, conduits à la frontière l’armée libyenne les a délestés de tout (portables, montres, argent...).  
Le P. Jonathan (flèche) répond aux questions.

Ils se posent beaucoup de questions et à nous aussi : « Quel avenir pour moi father ? J’ai émigré pour avoir de l’argent et à présent je suis encore plus pauvre... quelle honte ! Si jamais je dois retourner dans mon pays, jamais je n’irai dans ma ville... quelle honte !  ». Certains te disent directement : « Qu’est-ce que tu peux faire pour moi ? Tu peux m’aider à passer en Europe ? ».

Mais écouter, ça sert à quelque chose ?

S’ils commencent à parler, d’autres personnes arrivent et ensemble en parlant et en s’écoutant c’est comme une thérapie. J’ai trouvé des compatriotes qui m’ont demandé de les aider. J’ai contacté l’ambassade du Nigeria par téléphone et j’ai même fait le déplacement à Tunis (presque 800 km) pour les pousser à agir : une semaine après 1.300 Nigérians étaient évacués par l’OIM dans trois vols... Mais les réfugiés arrivent en désordre et ne partent pas tous ensemble...  
Le P. Jonathan (à genoux) dans une tente.

Qu’est-ce qui t’a frappé le plus en voyant la vie au camp ?

D’abord la condition des femmes, surtout celles avec bébés ou celles enceintes !
Malheureusement, je dois reconnaître que la prostitution s’était organisée dans le camp...

Ensuite la solidarité des Tunisiens qui se sont donnés à fond pour aider cette foule dans le besoin, certains sont même venus s’installer à proximité des camps. Ils n’ont pas uniquement donné des choses : eux même se sont donnés ! Je revois encore dans ma tête les scouts tunisiens en train de ramasser les ordures...

Et pour finir, la diversité d’organismes qui sont rapidement venus pour aider. L’ONG qui nous a accueillis « Samaritans » est d’origine protestante, mais nous avons travaillé ensemble pour répondre à la question « Qui est mon prochain ? ».

Après cette expérience, tu es content de ton arrivée en Tunisie ?

Je n’avais jamais pensé qu’en arrivant ici je devrais répondre à un appel aussi urgent et aussi humain. Mais je dois dire que sans le soutien de ma communauté qui s’est organisée pour y aller à tour de rôle, qui a accepté de prélever dans son budget pour aider... je n’aurais rien pu faire. Et ensuite, dès que la nouvelle de notre présence dans le camp a été connue, tous les confrères de la Province du Maghreb nous ont soutenus par la prière, en envoyant des dons, en nous téléphonant, en demandant des nouvelles...

Je dois avouer que je ne suis plus le même depuis mon passage par les camps des réfugiés : je pensais donner et j’ai beaucoup reçu, beaucoup appris sur l’esprit d’écoute, sur les raisons qui poussent les gens à partir, les itinéraires, les raisons de la migration...

J’ai senti une grande faiblesse car je ne pouvais rien pour eux qui réclamaient soit un billet d’avion pour rentrer ou un passage pour l’Europe, mais je crois que le Christ a fait quelque chose à travers moi. Je pense au jour où j’ai passé trois heures à calmer 500 de mes compatriotes et à répondre sans cesse aux mêmes questions. En tout cas, nous y retournerons !


Pour soutenir cet engagement des Pères Blancs, et d’autres similaires, vous pouvez adresser vos dons en contactant Jean Gaignard, notre responsable financier pour le Maghreb : ecomaghreb@yahoo.fr
 

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