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L A V I G E R I E . be

Lignes de fracture N°44 Breuklijnen

Février - Februari 2011
mardi 1er mars 2011 par J.V.

 DOSSIER ISLAM

Lettre de vœux 2011 de Frère Jean Jacques Pérennès vicaire provincial sortant des dominicains du monde arabe. Le Caire, 9 janvier 2011 (extrait)

- VIOLENCES ANTI-CHRÉTIENNES ET ISLAMOPHOBIE

Les violences contre les chrétiens d’Orient et les efforts pour les soutenir ont beaucoup occupé l’actualité cette année. Un synode spécial pour les Églises du Moyen-Orient a eu lieu à Rome à l’automne, assombri très vite par ce terrible massacre à la cathédrale syriaque catholique de Bagdad, fin octobre. Je suis moi même allé deux fois en Irak cette année, une fois en avril dans le Kurdistan irakien et une fois à Bagdad début décembre, un mois après cet attentat qui a fait 46 morts et accéléré l’émigration des chrétiens. Avec nos frères dominicains d’Irak, je suis allé présenter mes condoléances aux prêtres qui ont pris la relève des deux jeunes prêtres assassinés, Thaer et Waseem (32 et 27 ans). Les lieux m’ont beaucoup rappelé ceux de l’assassinat de Pierre Claverie à Oran, il y a 15 ans, avec les mêmes incertitudes sur les auteurs du crime et, dans le cas, un acharnement sur des femmes, des enfants, un déchaînement terrifiant de violence. Beaucoup de familles de nos frères d’Irak ont pris cette année le chemin de l’exil, à cause des menaces que subissent les chrétiens. Tout ceci a été largement répercuté en France et dans l’opinion publique internationale. Le massacre d’Alexandrie dans la nuit du 31 décembre est venu apporter un degré de plus dans la peur des chrétiens mais aussi dans la stigmatisation de l’Islam, au point qu’une laïque dominicaine rencontrée dans un couvent de France il y a quelques jours n’a pas hésité à me dire : « comment arrives-tu à survivre parmi ces sauvages » ? J’ai été très choqué. Les moyens d’information que les Occidentaux ont à leur disposition comme les efforts déployés par exemple par l’Oeuvre d’Orient ou le SRI (Service d’information sur l’Islam de la Conférence des évêques de France) n’y font rien : la simplification et la généralisation sont les réactions les plus communes, y compris chez des chrétiens sensés, au risque de travestir la réalité, d’alimenter les peurs et de faire le jeu ceux qui en tirent des profits électoraux. Je suis désolé de voir disparaître peu à peu certaines communautés chrétiennes d’Orient, que je fréquente depuis des années, mais je suis tout aussi inquiet de l’atmosphère de peur et de rejet de l’autre qui est en train de se répandre en Occident.

Pour l’Égypte, l’attentat d’Alexandrie est un très gros choc, car c’est le premier attentat de ce type en Égypte ; celui de Nag Hammadi en janvier 2010 qui avait fait six morts était plus une fusillade qu’un massacre bien planifié. Cet attentat qui fait penser à ceux perpétrés en Irak a été durement ressenti par tous les Égyptiens, musulmans comme chrétiens. Beaucoup de musulmans ont manifesté leur solidarité à leurs voisins ou collègues chrétiens, plus d’un proposant d’aller avec eux cette année à la messe de Noël orthodoxe ce 7 janvier. Reste maintenant à faire la lumière sur ce qui s’est passé, à s’interroger sur le fondamentalisme religieux qui s’est infiltré dans la vie quotidienne de ce pays et à travailler sur les causes profondes d’un tel drame. Trop négligés par les pouvoirs publics, l’éducation et le champ culturel sont largement investis par des courants fondamentalistes de type salafiste venant d’Arabie ou des pays du Golfe. L’Égypte va peut-être commencer à regarder en face la discrimination de facto dont les coptes sont l’objet. Malheureusement, le littéralisme religieux ambiant marque aussi les coptes-orthodoxes égyptiens qui se définissent de façon très identitaire. Dans le quotidien, chrétiens et musulmans vivent et, souvent, travaillent ensemble. Cela l’Occident ne le voit pas assez et du coup l’indignation occidentale sans nuances face aux difficultés des chrétiens d’Orient n’aide guère car elle renforce la polarisation, le communautarisme et le tension identitaire entre les deux communautés. Comprendre le mal pour vraiment le déraciner, offrir des lieux de collaboration où chrétiens et musulmans sont au coude à coude, sont des défis bien plus ardus mais plus constructifs que d’ajouter un peu plus à la peur, ce que font souvent les médias et même, hélas, beaucoup de chrétiens bien intentionnés. Disons-le tout net : je suis heureux de vivre ici. L’idée de quitter ce pays ne m’a jamais traversé la tête. Non seulement, je me sens porté par l’amitié de tant d’amis musulmans et chrétiens, mais je sens que cette présence a du sens. Je suis donc plus motivé que jamais pour vivre ce que mon Ordre m’a demandé ici à l’IDEO (ndlr. l’Institut Dominicain d’Études Orientales) et au Moyen-Orient. Pierre Claverie parlait de « ligne de fracture ». Eh bien, en voilà une. Il faut rester et travailler pour que du positif sorte de tant de souffrances.

La COMECE (ndlr. Commissio Episcopatuum Communitatis Europensis) regrette que les 27 Ministres des affaires étrangères de l’UE ne soient pas parvenus à s’accorder hier sur une déclaration commune condamnant la persécution religieuse. Cet atermoiement diplomatique est d’autant plus incompréhensible que des vies innocentes sont fauchées dans d’épouvantables attaques visant la communauté chrétienne et d’autres minorités à travers le monde. (COMECE Press 01/02/2011)

- POLITIEKE MANIPULATIE CORRUMPEERT DE TAAL

Is het niet vreemd dat op de website van Amnesty International Vlaanderen niets te vinden is over de vervolging van christenen in moslimlanden ? Primeert bij Amnesty Vlaanderen het ideologische verhaal, waardoor de waarheid geweld wordt aangedaan ? Die onmiskenbare christenvervolging mag niet langer worden verdoezeld, vindt Miel Swillens in het christelijk weekblad Tertio.

Miel Swillens : ’George Orwell merkte op dat “the restatement of the obvious is the first duty of intelligent men .” [1] Daarmee bedoelde hij dat je moet blijven hameren op onmiskenbare waarheden. Zo niet worden die verdoezeld wanneer ze niet passen in het vigerende ideologische denkraam. Orwell wist waarover hij het had. Hij maakte zelf mee hoe zijn relaas over de Spaanse Burgeroorlog, Homage to Catalonia, werd uitgespuwd door de Britse intelligentsia, omdat het niet strookte met haar pro-Sovjet en pro-Stalin gezindheid. Om diezelfde reden weigerden linkse uitgeverijen Animal Farm te publiceren, waarin de auteur onder het mom van een dierenfabel de ontaarding van de Russische Revolutie op de korrel nam. Orwell, een overtuigde maar eigenzinnige socialist, haatte elke orthodoxie, zowel van links als van rechts. Ideologische taal, zo stelde hij, is ontworpen om de leugen als waarheid te doen klinken, en een schijn van vastheid te geven aan pure wind’.

’Ik moest aan Orwells afkeer van geprefabriceerde termen en holle frases denken, toen ik op de website van Amnesty International Vlaanderen terechtkwam. Eigenlijk was ik op zoek naar informatie over de vervolging van christenen in moslimlanden. Maar daarover was niets te vinden. Bij mensenrechten per land wordt noch bij Irak noch bij Egypte melding gemaakt van vervolgde christenen. Ook als thema komt het niet aan bod. Tik je het trefwoord ‘kopten’ in, dan krijg je als antwoord : “uw zoekopdracht heeft geen resultaat opgeleverd”. Tik je daarentegen ‘Guantanamo’ in, dan vind je niet minder dan 45 items. Ben ik bevooroordeeld wanneer ik de indruk krijg dat Amnesty Vlaanderen vooral aandacht heeft voor de troetelthema’s van de linkse intelligentsia ?’

Cultuurrelativisme :

’Maar terug naar Orwell en zijn afkeer van geprefabriceerde termen en holle frases. In het jaarrapport 2010 van de mensenrechtenorganisatie wordt België bestempeld als een land van “willekeurige arrestaties en opsluitingen” en van “buitensporig gebruik van geweld door politie en veiligheidsdiensten”. Is dat een correcte weergave van de Belgische realiteit ? België lijkt wel Iran of Zimbabwe. Maar wellicht is dat ook de bedoeling. Een westers land als België mag er blijkbaar niet beter uitkomen dan een derdewereldland. Vandaar de suggestie van morele equivalentie. Wanneer het ideologische verhaal primeert, wordt de waarheid geweld aangedaan’.

’Soms wordt het taalgebruik ronduit orwelliaans, zoals in het standpunt van Amnesty over een mogelijk boerkaverbod in België : “Amnesty stelt vast dat een algemeen boerkaverbod in strijd is met de godsdienstvrijheid en de vrijheid van meningsuiting. Bovendien beperkt een dergelijke wet het recht van vrouwen op een leven vrij van dwang, intimidatie en discriminatie.” (mijn cursivering). De geperverteerde logica van dat standpunt shockeert. De tekst illustreert hoe de capitulatie van de mensenrechtenorganisatie voor het cultuurrelativisme haar taalgebruik corrumpeert. Wie Orwells toekomstroman Nineteen Eighty-Four kent, denkt daarbij aan de fameuze Newspeak met slogans zoals “Slavery is freedom”.

Politiek correct :

’Taal dient om te communiceren over de werkelijkheid, om die zo getrouw mogelijk weer te geven. Ideologieën verdoezelen of ontkennen de werkelijkheid, telkens die botst met hun politieke discours. Dat leidt tot corruptie van de taal. Denk maar aan de vroegere Sovjet-Unie. Correcte taal is een democratische opdracht en ethische plicht. Wellicht moeten ze bij Amnesty Vlaanderen ook maar eens Orwell lezen, zijn essay Politics and the English Language bijvoorbeeld. Daarin staat onder andere het volgende : “But if thought corrupts language, language can also corrupt thought. A bad usage can spread by tradition and imitation, even among people who should and do know better [2].”

Tertio van 26 januari 2011, op Kerknet.be

- L’ISLAM QUE J’AIME (Chronique par Guy Gilbert)

En Egypte, après le terrible attentat à la sortie de la messe de minuit à Alexandrie, plusieurs associations musulmanes ont décidé de former des boucliers humains. « Munis de fleurs, nous irons garder les églises de nos frères chrétiens. Celui qui veut s’en prendre à eux devra d’abord nous tuer. Par ce geste nous montrerons ce qu’est vraiment l’islam. »

Jamais n’avait résonné si fort le message de l’ange à l’annonce de la naissance du Christ : « Paix aux hommes de bonne volonté », message bouleversant, vécu par des musulmans, pourtant de plus en plus critiquées et craints, au point que l’Europe sombre dans une islamophobie qui avance à grands pas.

Ce fait très récent et inédit de la défense d’une autre religion persécutée me fait dire : cet Islam, je l’aime. Et je l’aimerai infiniment plus, le jour où ce ne seront pas seulement quelques centaines de musulmans égyptiens qui oseront franchir le pas pour la défense de leurs frères chrétiens, mais un milliard de musulmans qui dénonceront l’assassinat de l’évêque de Bagdad ou la tragédie d’une centaine de chrétiens assassinés ou blessés en Irak en pleine messe dans leur église éclaboussée de sang.

Le pape, qui a osé affirmer son horreur devant ce drame inexpiable, a été accusé d’« ingérence » par un grand ayatollah pour avoir demandé aux Etats de « protéger les chrétiens ». Insoutenable parole qui révulse les chrétiens du monde entier.

Oui j’aime l’islam. Mais pas celui du repli conquérant sur lui-même. Pas celui qui s’enferme ou qui enferme ses femmes dans des étoffes où seuls les yeux ont droit à une minuscule lucarne. Pas celui qui prescrit de lapider la femme adultère, ou l’homme à qui on refuse de vivre parce qu’il est homosexuel. Pas celui qui refuse celui ou celle qui décide de vivre sa foi autrement, dans une autre religion, ce qui le ou la condamne à l’opprobre, à l’exclusion et parfois à la mort. Pas celui qui ne permet pas, lorsqu’il est majoritaire dans un pays, de refuser tout lieu de culte autre que le sien.

Ce qui aux yeux du monde donne à croire aujourd’hui que les musulmans ont la possibilité de s’épanouir librement dans les nombreuses mosquées qui s’élèvent dans les pays majoritairement chrétiens. Alors que les petites communautés chrétiennes, noyées au cœur de nombreux pays musulmans, n’ont que le droit de raser les murs, d’être suspectées, de devenir des citoyens de seconde zone, et en finale, de quitter la terre où elles sont nées. Bien avant que les musulmans ne s’y établissent. Non, cela n’est pas l’islam revendiquant le titre de religion de « la paix » au travers du mot magique, universel et prophétique Salam.

Seule une religion qui d’abord respecte les droits de l’homme, qui en fait son étendard premier avec comme devise commune sur tous les fronts de ses temples les mots « unité », « solidarité », « accepter la différence de l’autre » et mieux « chercher chez l’autre une vérité qui lui manque » bâtira la paix sur la terre, et sera crédible.

« Tolérer les chrétiens d’Orient, c’est les insulter », écrivait ces jours-ci le politologie Hasni Abidi. Le même concluait son article par cette phrase prémonitoire et si juste : « Les chrétiens orientaux ont toujours appartenu à la terre qui les a vus naître et grandir. Ils doivent y rester. Leur départ serait la fin de notre histoire et le début de toutes les dérives. »

À vous musulmans du monde entier de lutter pour que l’islam soit une religion de « paix ». Alors ce ne sera plus la crainte, mais une joie en Europe et dans le monde, de voir fleurir à côté de nos églises vos minarets. Ce jour viendra. Mais le temps presse.

La Croix du 22/01/2011

- INTERVIEW DU POLITOLOGUE OLIVIER ROY DANS LA CROIX (21-02-2011)

La Croix. Peut-on parler de révolution arabe ou d’une vague comparable à ce que l’Europe de l’Est a connu en 1989 ?

Olivier Roy : C’est une révolte plus qu’une révolution. En 1989, on était aussi en présence d’une révolte qui a abouti à un changement parce que les régimes se sont effacés. Aujourd’hui, deux éléments font obstacle à ce mouvement. Le premier, c’est la résistance des régimes. Elle est plus dure, parce qu’il n’y a pas de centre comme l’Union soviétique qui, une fois effondrée, a permis que tout s’ouvre. Ici, chaque pays a sa spécificité. L’autre problème, c’est que la communauté internationale est très ambivalente. D’un côté, elle salue la démocratie, de l’autre, elle veut le statu quo.

Ces révoltes représentent-elles la victoire de valeurs universelles ?

Oui, c’est très clair, c’est une révolte des valeurs : le respect, la démocratie, l’honnêteté et le refus de la corruption. Il y a aussi un élément qu’on oublie trop, c’est la demande de citoyenneté, c’est-à-dire le refus des différences confessionnelles. On l’a vu dans les slogans de la place Tahrir, mais aussi dans la déclaration du Cheik Qaradawi qui commencé son discours en disant : « Chers musulmans, chers coptes. » C’est quelque chose d’inhabituel et d’inattendu.

Un passage vers la démocratie peut-il se faire ?

La démocratie est une demande de cette jeune génération. Celle-ci est très claire. Elle ne se laisse pas attraper par les mirages. Par exemple, il n’y a pas d’homme charismatique dans ces révoltes. Cette génération n’est pas non plus fascinée par des partis politiques ni par des idéologies, et elle est très critique. Ce n’est pas une génération de naïfs. Il y a une maturité politique très forte et ça, c’est un argument pour la démocratie.

Maintenant, le problème, c’est que la culture politique traditionnelle de ces pays n’est pas démocratique. Les régimes et les opposants traditionnels sont dépassés, comme les Frères musulmans égyptiens, par exemple. Il y a un conflit entre deux cultures, une ancienne partagée par les régimes et les vieilles oppositions et une nouvelle, celle de la jeunesse. Le risque, à part la répression, qui est évidemment le risque fondamental, c’est de voir une alliance entre conservateurs qui peut verrouiller les choses.

Faut-il comprendre ce qui se joue comme une conséquence de la sécularisation des sociétés ?

Cela dépend de ce que l’on entend par sécularisation. C’est clair qu’il y a eu une réislamisation des sociétés arabes au cours des trente dernières années. Mais la réislamisation a fait perdre à l’islam sa spécificité. On a connu une banalisation de l’islam.

Le paradoxe, aujourd’hui, c’est qu’aucun parti ne peut avoir le monopole de la revendication islamique. Il y a une sécularisation de ces sociétés, au sens où le religieux n’est plus spécifique. Ce ne sont pas des sociétés laïques, mais les revendications des manifestants le sont. Ce sont des revendications purement politiques, qui laissent de côté la question religieuse.

Ces sociétés ont-elles atteint une forme de maturité politique ?

Tout à fait, même si cela ne se fait pas sous la même forme qu’en Europe. On est dans une séparation de fait du politique et du religieux, même si la place du religieux dans la société est beaucoup plus forte qu’en Occident.

Quels sont les scénarios envisageables pour la suite ?

On peut imaginer que le modèle turc (la juxtaposition d’un espace politique démocratique à l’occidentale, d’un parti conservateur avec des valeurs largement religieuses, et une armée qui se présente comme gardienne des fondamentaux) va séduire. On peut aussi imaginer des modèles occidentaux/universalistes, en Tunisie par exemple. Ou encore des républiques de notables, si la scène politique n’arrive pas à se structurer. Les conflits peuvent aussi perdurer. Tout est possible…

La contagion peut-elle encore gagner ?

À mon avis, cela ne touchera pas l’Arabie saoudite, parce que personne ne veut tuer la poule aux œufs d’or d’un régime qui redistribue. Je ne vois pas non plus la contestation gagner les émirats, parce qu’il n’y a pas de prolétariat autre que des Bangladais. Il y aura peut-être des tensions à Oman… La grande inconnue, c’est la Syrie. Là, tout est possible. Au Maroc, les choses bougent, mais je crois que cela n’ira pas plus loin parce que la monarchie fait partie de l’identité nationale.

Que dire de l’Occident. Faut-il parler d’un aveuglement ?

Oui, l’Occident a été victime d’un aveuglement complet qui s’est fait sur deux bases. D’abord l’obsession de l’islam que l’on se représente comme une entité fermée sur elle-même, incapable d’évoluer, « l’islam incompatible avec la démocratie », etc. Les musulmans seraient entièrement déterminés par l’islam, et l’islam, ce serait la violence et le radicalisme.

Nous sommes restés obsédés par l’islamisme. La parenthèse islamiste a existé, elle a joué un rôle considérable, mais elle est fermée. L’islamisme a duré de la fin des années 1970 aux années 1990. Aujourd’hui, le monde arabe revient à des valeurs universalistes. Ce qui ne veut pas dire qu’on revient à la paix et à la concorde de tous.

Le deuxième point, c’est la vision stratégique : on a cherché uniquement la stabilité, centrée autour du conflit israélo-palestinien. Tout le but était d’obtenir un maximum de régimes qui neutralisent l’agressivité de leur population à l’égard d’Israël. Du coup, on s’est identifié aux régimes autoritaires existants, on s’est fondu en eux, et puis – dans certains cas – on a fini par les aimer…

L’Occident peut-il agir ?

Il faut d’abord arrêter de donner des leçons et encourager la démocratie. Il y a des tas de manières de le faire : des aides bilatérales, des visas, aider ces pays en voie de démocratisation dans les instances internationales. On peut aussi imaginer des coopérations de type militaire dans la perspective d’armées de pays démocratiques, et non pas de maintien de l’ordre. Il y a aussi une aide à offrir pour aider ces pays à surmonter les crises de très court-terme, alimentaires par exemple.

Quelle sera la place des islamistes ?

Il suffit de les écouter : ils ne savent pas trop quoi dire, ils ne sont pas en tête des révoltes, ils n’en sont même pas au cœur. Les islamistes vont former des partis politiques, se présenter aux élections, ils auront des voix. Ils vont faire partie du paysage, mais ils ne sont pas moteurs. Pourquoi voulez-vous que les gens votent pour des partis qui n’étaient pas là lors des manifestations ? Si certains ne veulent pas changer, ils seront tout simplement ignorés. Si demain un chef des Frères musulmans descend dans la rue en disant : « La solution, c’est le Coran », les gens vont tout simplement rigoler…

Cette vague aura-t-elle un impact sur la vision de l’islam en Occident ?

Il faudra vraiment longtemps pour que les Occidentaux intériorisent ce qui se passe. Aujourd’hui, malheureusement, la question dominante reste toujours : « Et la menace islamique ? » Depuis dix ans, on s’est fait avoir par une rhétorique populiste – de droite comme de gauche – qui dit : le problème, c’est l’islam. En France, ce discours a même été entériné par la présidence.

Quand on s’aperçoit que cette grille de lecture n’est pas la bonne, on est perdu, et on a presque envie d’y revenir. Tout le thème des politiques intérieures, que ce soit en Allemagne ou en France, c’est le multiculturalisme et la menace islamique. Pour que l’on comprenne vraiment ce qui se passe, il faudrait une plus grande maturité de la part des élites politiques européennes, mais malheureusement elles s’enfoncent dans les clichés en ce moment.

Recueilli par Elodie MAUROT

[1« Evidenties onderlijnen is de voornaamste plicht van een verstandig mens. »

[2« Maar als gedachten de taal kunnen doen ontaarden is het even waar dat de taal gedachten kan doen ontaarden. Een slecht gebruik kan zich verspreiden door traditie en navolging, ook bij een bevolking die beter zou kunnen weten of effectief ook beter weet. »


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